Pour une question sur une mine, Djelloul Slama purge une peine de quatre ans en Algérie
Détenu depuis le 7 février, Djelloul Slama a été condamné à quatre ans pour avoir mis en doute la rentabilité de Gara Djebilet sur la chaîne El Hayat.
En bref
- L’universitaire Djelloul Slama a été jugé à Dar El-Beïda, près d’Alger, au terme d’une détention provisoire.
- Son arrestation fait suite à un entretien télévisé sur le projet minier de Gara Djebilet.
- Selon Le Monde, l’analyse économique qui nuance la ligne officielle est désormais passible de prison.
L’universitaire Djelloul Slama a été condamné le jeudi 15 octobre à quatre ans d’incarcération par le tribunal de Dar El-Beïda, dans la banlieue est d’Alger, rapporte Le Monde. Les poursuites sont nées d’un entretien télévisé au cours duquel il s’était interrogé sur la rentabilité d’un projet minier que le pouvoir place au rang de priorité.
Une procédure rythmée par deux dates
Le dossier se lit en deux temps, que résume la frise suivante :
- : placement en détention provisoire.
- : condamnation par le tribunal de Dar El-Beïda.
Djelloul Slama n’a donc pas attendu son jugement en liberté. Il se trouvait déjà derrière les barreaux lorsque la peine a été prononcée, puisque sa détention provisoire avait commencé le 7 février.
Parmi les fondements des poursuites figure l’article 196 bis du code pénal. Ce texte réprime la propagation d’informations mensongères pouvant troubler l’ordre public. Le Monde précise que l’universitaire était poursuivi « notamment » sur cette base : d’autres chefs d’accusation entraient donc dans la procédure, sans que le détail en soit donné.
Gara Djebilet, le projet minier au centre de l’affaire
L’expert a été interpellé après un entretien accordé à El Hayat, une chaîne privée. Au micro, il avait posé la question de savoir si l’exploitation de Gara Djebilet était économiquement rentable. C’est cette interrogation qui précède son arrestation, selon le quotidien.
Gara Djebilet est un vaste gisement de fer. Il se situe à proximité de Tindouf, ville du sud-ouest du pays, là où se rejoignent les frontières avec le Maroc et la Mauritanie. Cet éloignement explique l’importance d’une infrastructure de transport : le projet repose sur une voie ferrée longue de près de 1 000 kilomètres, appelée à conduire le minerai jusqu’aux centres industriels du nord de l’Algérie.
Le chantier dépasse le seul cadre de l’industrie extractive. Sa mise en valeur compte parmi les grands axes de la stratégie économique défendue par le président Abdelmadjid Tebboune. Mettre en doute sa rentabilité revient ainsi à discuter un volet central de l’action du chef de l’État, ce qui éclaire le contexte dans lequel la prise de parole de l’universitaire a eu lieu.
Commenter l’économie algérienne : ce que décrit Le Monde
Pour le quotidien, la leçon de ce jugement dépasse le sort d’un seul homme : une analyse économique qui nuance la ligne officielle, ou qui la questionne, expose désormais son auteur à une peine de prison en Algérie. C’est le constat que porte Le Monde dans son article, et le cas de Djelloul Slama lui sert d’illustration.
Le profil de l’intéressé compte dans cette lecture. Il s’agit d’un universitaire présenté comme expert, invité à s’exprimer sur un média audiovisuel privé. Son propos portait sur un sujet de nature économique, la rentabilité d’une exploitation minière et de sa desserte ferroviaire, et non sur un thème de politique intérieure.
Pour un lecteur qui suit l’économie algérienne, l’enseignement pratique tient donc dans le lien établi par la procédure entre un entretien télévisé et une condamnation fondée en partie sur le code pénal. Les motifs précis du jugement ne sont pas détaillés dans l’extrait publié du Monde, dont la suite est réservée aux abonnés.
Photo : Volker Braun / Pexels



