Le 17 octobre, des étudiants misent sur les salariés pour élargir leur mouvement
Gilets jaunes, cheminots et agriculteurs devaient rejoindre lycéens et étudiants le samedi 17 octobre, au terme de trois semaines de blocages.
En bref
- L’intersyndicale de la jeunesse voyait dans la journée du samedi 17 octobre une occasion d’amplifier son mouvement.
- Le premier appel en ligne date d’une vidéo du 8 septembre, relayée sur TikTok.
- Gilets jaunes, Confédération paysanne et cheminots annonçaient eux aussi leur participation.
- Des organisations étudiantes ont distribué des kits contre les gaz lacrymogènes.
Les étudiants qui défilent le samedi 17 octobre espèrent que leur mouvement ne reste pas celui de la jeunesse seule : ils comptent sur les salariés, les agriculteurs et les Gilets jaunes pour élargir la contestation. Selon franceinfo, des centaines d’actions étaient prévues partout en France, une date qui circulait depuis des semaines sur les réseaux sociaux, après trois semaines de mobilisation lycéenne et étudiante.
Une date née sur les réseaux sociaux
D’où viennent les appels ? France Télévisions a remonté la piste jusqu’à une vidéo du 8 septembre, considérée comme le tout premier appel. Son auteur, inconnu du grand public, a été imité aussitôt sur TikTok, réseau très fréquenté par les jeunes. Le prix des carburants était alors dans le viseur, et des dizaines d’affiches créées par intelligence artificielle ont circulé.
Selon une note confidentielle des services de police consultée par France Télévisions, des participants s’organisent sur des messageries chiffrées et demandent ou proposent des services de covoiturage vers les principales agglomérations. Benjamin Ball, militant écologiste du mouvement « Bloquons-Tout » et cofondateur de 17octobregiletjaune.net, a dressé une carte de mobilisation. Il observe : « On aurait pu croire que ça aurait pu être que la ruralité. En fait, non, ruralité, centre-ville, quartier populaire… on a vraiment tous les types. Il y a très peu de trous sur la carte ».
Des figures des Gilets jaunes, dont Jérôme Rodriguez, appellent à amplifier le mouvement, tandis que la contestation lycéenne a donné un nouvel élan aux appels en ligne. L’experte en réseaux sociaux Véronique Reille-Soult, présidente du cabinet Backbone Consulting, évoque « plusieurs centaines de millions de vues pour des vidéos sur TikTok ». Reste à savoir si cette mobilisation numérique se traduira dans la rue, question que posait la veille du rendez-vous le reportage de France 2.
Qui défile, et pour quelles revendications
Les appels ne viennent plus seulement des lycées et des universités. Plusieurs acteurs annonçaient leur présence, chacun avec ses motifs.
| Acteur | Ce qui est annoncé |
|---|---|
| Lycéens et étudiants | Parcoursup, vie chère, bâti scolaire, prix du carburant |
| Gilets jaunes | Mobilisation contre la vie chère |
| Confédération paysanne | Mobilisation contre la vie chère |
| Cheminots | Mobilisation contre la vie chère ; Domitille prévoyait de défiler avec eux à Paris l’après-midi |
Devant l’université Paris Cité, Jeanne et Colette, étudiantes en master de psychologie, comptaient les professions attendues : Gilets jaunes, agriculteurs, pompiers. Elles espèrent, disent-elles, « une massification du mouvement, que ça vienne de toutes parts, et de montrer que ce n’est pas juste quelques lycéens un peu énervés, mais vraiment une colère nationale ». Elles reconnaissent que les revendications vont se mélanger, mais y voient la suite logique d’un même constat dans les universités et dans de nombreuses entreprises.
Domitille, étudiante en sociologie, estime que « les lycéens ont carrément montré la voie » et que la question est désormais de structurer un mouvement avec le monde du travail. Elle cite mai 1968, quand les étudiants et les lycéens ont gagné, dit-elle, parce que les salariés s’étaient mobilisés à leurs côtés, avec trois millions de grévistes.
La peur de la rue, et ses parades
Tous ne partent pas sereinement. Lucien, étudiant à Normalsup, croit à une mobilisation d’ampleur mais y va à reculons : il dit avoir de plus en plus peur des forces de l’ordre, et sa famille lui recommande de se couvrir. Il souhaite des cortèges calmes : « Il y a aussi un enjeu d’image à renvoyer. Généralement quand ça dégénère ou quand ça se passe mal, j’ai peur que ça rebute les gens qui veulent se mobiliser. »
Colette tente de le rassurer : tant que l’on reste en cortège et hors de la première ligne, cela se passe souvent bien. Dans la semaine, plusieurs organisations étudiantes ont proposé des formations médicales sur le campus et distribué des « kits gaz lacrymogènes » comprenant lunettes et masques.
Photo : Davide Negro / Pexels



