Nobel d’économie 2026 pour Woodford et Hall, deux Américains
Leurs modèles nés après les chocs pétroliers des années 1970 servent aujourd’hui aux banques centrales et aux ministères des Finances, selon le comité Nobel.
En bref
- Le prix a été attribué le lundi 12 octobre par l’Académie royale des sciences de Suède.
- Hall a travaillé sur les anticipations des ménages en 1978, Woodford a proposé un modèle néo-keynésien complet en 2003.
- Le comité juge ces modèles utiles lors de la pandémie et des crises énergétiques.
Le jury suédois a couronné deux économistes dont les recherches ont aidé les États à mieux faire face aux chocs. Le lundi 12 octobre, l’Académie royale des sciences de Suède a décerné le prix Nobel de sciences économiques 2026 aux Américains Michael Woodford et Robert Hall, comme le rapporte franceinfo.
La distinction, dont l’intitulé complet est celui du prix de la Banque de Suède en sciences économiques à la mémoire d’Alfred Nobel, porte la mention « for microeconomic foundations of macroeconomic stabilisation », soit les fondations microéconomiques de la stabilisation macroéconomique. Aux yeux du comité Nobel, les deux lauréats ont mis au point de nouveaux modèles macroéconomiques, ce qui a renforcé la capacité des pouvoirs publics à conduire des politiques de stabilisation efficaces.
Michael Woodford, né en 1955, a répondu à un appel téléphonique pendant l’annonce du prix. Il s’est dit ravi : « C’est un immense honneur. C’est une surprise, mais ça me fait vraiment plaisir ».
Des chocs pétroliers aux modèles de Hall et Woodford
Le point de départ remonte aux années 1970. Les crises pétrolières ont alors montré que les liens entre inflation, chômage, revenu et consommation n’étaient pas stables, ce qui rendait les politiques de stabilisation inopérantes. Deux contributions ont ensuite fait évoluer la discipline.

- Les crises pétrolières révèlent l’instabilité des relations entre inflation, chômage, revenu et consommation.
- Robert Hall, aujourd’hui âgé de 83 ans, considère que si les ménages règlent leur consommation sur les revenus qu’ils anticipent, chaque variation de leurs dépenses dépend d’informations nouvelles et imprévisibles.
- Michael Woodford présente un modèle macroéconomique néo-keynésien complet.
Le jury a souligné que Robert Hall, en comprenant l’effet des anticipations sur les décisions de consommation, avait résolu un problème qui intriguait les chercheurs depuis longtemps. Woodford insiste lui aussi sur le rôle des attentes : « Mes travaux ont mis en évidence que la perception des acteurs présents sur les marchés et chargés de prendre des décisions en matière de dépenses, entre autres, ainsi que leurs attentes et leur compréhension de ce à quoi pourrait ressembler la politique à l’avenir, sont en réalité déterminantes ».
À quoi servent ces modèles
Le jury explique qu’agir au bon moment, en soutenant ou en freinant l’activité, peut procurer de la stabilité et épargner à un pays des récessions qui s’éternisent ou une inflation qui échappe à tout contrôle. Selon lui, ces modèles permettent à des décisions budgétaires et monétaires bien calées dans le temps d’adoucir les creux et les sommets de la conjoncture, comme l’expose HuffPost France.
Le jury a également affirmé que les travaux des deux chercheurs avaient provoqué un changement de paradigme dans la politique de stabilisation. Toujours d’après le comité Nobel, les modèles néokeynésiens issus de ces recherches permettent d’expliquer et de quantifier l’influence de la politique de stabilisation sur les cycles économiques. Le comité précise qu’ils sont désormais employés par les instituts d’émission et les administrations budgétaires de la planète : c’est donc à ces institutions, chargées de la politique monétaire et du budget, que les modèles des deux lauréats s’adressent en priorité.
De la pandémie aux crises énergétiques
L’Académie estime que les travaux des deux lauréats ont permis de gérer les grandes crises macroéconomiques bien plus efficacement qu’auparavant. Elle les juge extrêmement utiles pendant la pandémie, puis lors des crises énergétiques de ces dernières années.
Ce Nobel clôt à Stockholm la saison 2026 des prix Nobel. L’année précédente, le jury avait distingué en économie Joel Mokyr, Philippe Aghion et Peter Howitt, dont les recherches portaient sur l’effet de l’innovation sur la croissance économique.
Photo : RDNE Stock project / Pexels



