Tirs à Aubagne : le Pnat relie le collégien à la True Crime Community

Après les tirs au collège d’Aubagne, le Pnat décrit un réseau en ligne né après Columbine, qui glorifie les auteurs de tueries et inquiète les enquêteurs.

Awa Kanouté Par Awa Kanouté
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Tirs à Aubagne : le Pnat relie le collégien à la True Crime Community
Un couloir vide bordé de casiers métalliques, image d’illustration. Elle n’est pas liée aux tirs d’Aubagne ni au collégien évoqué par le Pnat.

En bref

  • Le Pnat s’est saisi le mardi 13 octobre de l’enquête sur les tirs au collège d’Aubagne et évoque une probable adhésion du collégien à la TCC.
  • La mouvance est née dans le sillage de la tuerie de Columbine, en 1999, et vit surtout sur les réseaux sociaux.
  • C’est la première fois en France qu’un passage à l’acte est directement relié à un profil adhérent à la TCC.

D’après le Parquet national antiterroriste, la True Crime Community (TCC) désigne « un écosystème de communautés numériques qui glorifie les auteurs de tuerie de masse et incite, dans certaines formes, au recours à la violence extrême ». C’est ce terme que le Pnat a utilisé le mardi 13 octobre pour décrire la mouvance dont faisait « probablement » partie l’élève de 14 ans suspecté d’avoir fait feu à Aubagne.

Aubagne, une enquête désormais antiterroriste

Les faits remontent à un lundi, aux alentours de 9h25, au collège Joseph-Lakanal d’Aubagne (Bouches-du-Rhône). Le jeune garçon a tiré avec un fusil de chasse. Le principal et une enseignante ont été touchés, mais leur vie n’est pas en danger. C’est le conseiller principal d’éducation de l’établissement qui a maîtrisé l’auteur des tirs.

Les investigations visent des « tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste » ainsi qu’une « association de malfaiteurs terroriste ». Elles sont menées en particulier par la sous-direction antiterroriste et par la DGSI. D’après le Pnat, l’analyse des appareils numériques du mineur révèle qu’il adhérait vraisemblablement à la TCC. Une source proche du dossier, citée par franceinfo, rapporte que durant sa garde à vue, il a expliqué avoir voulu se venger. Compte tenu de son âge, cette mesure est limitée à 48 heures.

Des origines à Columbine, un terrain surtout numérique

Le phénomène naît avec la tuerie de Columbine (Colorado) en avril 1999, au cours de laquelle deux lycéens, âgés de 17 et 18 ans, ont tué douze élèves et un enseignant. En France, on l’identifie depuis moins de vingt ans. Ses adeptes se font aussi appeler « Columbiners ». Alexandre Rodde, chercheur et co-rédacteur du rapport de l’association Point de Contact, précise que l’on évoquait un « effet Columbine » avant que le terme TCC s’impose, dès la fin des années 2010, lorsque s’est formée une véritable communauté.

Personne aux cheveux tressés tapant sur un ordinateur portable allumé, sur un lit aux draps roses, dans une pièce sombre.
Une personne utilise un ordinateur portable sur un lit, dans une pièce sombre éclairée par l’écran. Photo d’illustration. Photo : SHVETS production / Pexels

« Ce type de violence est très récent, les services de sécurité intérieure s’y adaptent »

Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur

La mouvance s’est établie sur Tumblr, TikTok, Discord, Telegram ou Pinterest, et s’est consolidée pendant la pandémie de Covid-19, d’après le rapport de Point de Contact publié en juin. Ce sont principalement des adolescents ou de jeunes adultes, dans un milieu majoritairement masculin qui se féminise progressivement, précise Alexandre Rodde. Alejandra Mariscal Lopez, directrice de l’association, observe de plus en plus de signalements venant de Telegram.

Des repères chiffrés, une menace difficile à mesurer

8attaques en établissements scolaires français entre 2008 et 2026, dont six depuis 2024
15fusillades ou projets déjoués liés à la TCC recensés au moins par l’Institute for Strategic Dialogue dans son rapport du 2 octobre 2025

Point de Contact recense également au moins six attaques qui ont été empêchées. En 2025, un camarade a tué une lycéenne de 17 ans au lycée Notre-Dame-de-Toutes-Aides, à Nantes. L’association estime que la mouvance gagne du terrain en France, en dépit d’un encadrement très strict des armes.

Sur l’ampleur réelle, les spécialistes restent prudents. Alejandra Mariscal Lopez parle d’« une mouvance difficile à quantifier, mais qui constitue une menace sécuritaire en France ». Alexandre Rodde la juge en évolution rapide, mais « mineure ». Laurent Nuñez affirme que « plusieurs dizaines de jeunes sont suivis à ce titre ».

Un premier lien direct en France

Sur le plan judiciaire, c’est une première en France : un passage à l’acte est directement relié à une personne se rattachant à la TCC. Auparavant, elle ne figurait qu’à côté d’autres éléments, par exemple dans une affaire de 2023 concernant quatre jeunes, dont certains vouaient une admiration à Anders Breivik, à Brenton Tarrant ou aux responsables de Columbine.

Dans un document remis au Sénat en juin, la DGSI mentionne une vraie proximité entre la mouvance incel, l’ultradroite et la TCC, et considère le masculinisme comme « un excellent marchepied » pour y accéder. Alexandre Rodde apporte une nuance : l’esthétique de l’ultradroite est présente, mais ce milieu n’est pas spécialement idéologisé, et des femmes commettent aussi ce type d’actes. Ce rapport sénatorial note par ailleurs que les individus représentant une menace sont de plus en plus jeunes, qu’ils agissent plus vite et qu’ils sont devenus insensibles à la violence.

Photo : Strange Happenings / Pexels

Awa Kanouté

L’actualité, remise en perspective

Awa Kanouté

Awa Kanouté a d'abord été chargée d'études dans une association de consommateurs, où elle comparait contrats et tarifs. Pour Newsly, elle couvre la consommation, l'énergie, l'environnement et les transports. Elle cite les textes officiels plutôt que les communiqués. Elle anime un club de lecture dans son quartier.