Trump sème le doute sur l’exécution filmée de Nidal Hasan
Le Pentagone promettait une mise à mort publique à Fort Hood le 3 décembre. Le président laisse la question ouverte, tandis que l’ONU parle de torture.
Donald Trump a refusé, le vendredi 9 octobre, de confirmer que l’exécution de Nidal Hasan serait diffusée en direct, comme l’avait annoncé son ministre de la Défense.
En bref
- Le président ne remet pas en cause la mise à mort elle-même.
- Côté Pentagone pourtant, un responsable s’exprimant sous couvert d’anonymat a confirmé une diffusion « en direct », en promettant des « détails » ultérieurs, sans rien dire de la manière de procéder.
- TikTok, lui, a rappelé que ses règles proscrivent les images d’une personne abattue.
Le président ne remet pas en cause la mise à mort elle-même. Interrogé à la Maison Blanche, il a lâché : « Ils sont en train de prendre une décision, mais il sera tué, par peloton d’exécution ». Partisan déclaré de la peine capitale, il a lui-même validé ce mode d’exécution en sa qualité de commandant en chef des armées.
Un psychiatre militaire condamné pour la tuerie de Fort Hood
Le condamné, âgé de 56 ans, était psychiatre au sein de l’armée américaine. Le 5 novembre 2009, il avait ouvert le feu au Texas, dans un centre médical situé sur la base militaire de Fort Hood. Bilan : 13 morts, parmi lesquels 12 militaires, et plus de 30 blessés. L’attaque, inspirée par Al-Qaïda, visait selon son auteur à dissuader les soldats de partir combattre en Afghanistan et en Irak, deux guerres qu’il qualifiait d’« illégales ».
Seize ans plus tard, la sentence doit être appliquée sur les lieux mêmes du massacre. La date retenue est le 3 décembre. Dans une vidéo relayée jeudi sur X par des comptes rattachés au Pentagone, Pete Hegseth a détaillé le dispositif : ce sont des soldats munis de fusils qui procéderont à l’exécution, à Fort Hood.
De la promesse d’un spectacle public au flou présidentiel
L’affaire a pris une autre dimension lorsque le ministre, ancien présentateur de Fox News, a évoqué une mise à mort ouverte au regard de tous. Lors d’une interview filmée mercredi, il a assuré que Nidal Hasan « sera fusillé par des soldats, comme il se doit, et nous veillerons à ce que le public puisse y assister, à ce que ce soit public ».
Au sein même de l’exécutif, l’enthousiasme n’a pas été partagé. Le vice-président JD Vance a pris ses distances, confiant à un journaliste de l’AFP ignorer si la retransmission se ferait. Il a ajouté : « Si c’est diffusé en direct, je ne regarderai pas ». Côté Pentagone pourtant, un responsable s’exprimant sous couvert d’anonymat a confirmé une diffusion « en direct », en promettant des « détails » ultérieurs, sans rien dire de la manière de procéder.
- Donald Trump autorise l’exécution par peloton, selon 20 Minutes.
- Pete Hegseth annonce en interview une exécution publique.
- Une vidéo diffusée sur X précise le lieu et le recours à des soldats armés.
- Le président affirme que la décision sur la diffusion n’est pas prise.
Comme le rapporte franceinfo, c’est cette annonce de Pete Hegseth qui a déclenché l’indignation, avant que la Maison Blanche ne laisse planer l’incertitude.
Une première depuis plusieurs décennies pour l’armée
Si elle a lieu, cette exécution romprait avec une longue période sans mise à mort militaire. D’après 20 Minutes, aucune exécution n’a été conduite par l’armée américaine depuis 1961, et aucune par peloton depuis 1945.
| Année | Condamné | Motif | Repère |
|---|---|---|---|
| 1945 | Eddie Slovik | Désertion | Dernier peloton d’exécution militaire |
| 1961 | John Bennett | Viol et tentative de meurtre sur une enfant | Dernière exécution par l’armée, par pendaison |
ONU, Amnesty et évêques font front
Les critiques dépassent le clivage partisan. Le représentant républicain Austin Scott, favorable à la peine capitale, a tranché : « Je soutiens totalement la condamnation à mort , mais diffuser des exécutions en direct est ce que font les djihadistes. L’Amérique vaut mieux que ça ». Le sénateur démocrate Mark Kelly a renchéri : « Mais une exécution publique ? Ici aux Etats-Unis ? C’est le genre de choses que font l’Iran et les talibans. Est-ce à eux que nous voulons être associés ? »
Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme juge qu’une telle diffusion relèverait de la « torture ». Justin Mazzola, qui dirige les activités américaines d’Amnesty International, estime qu’une retransmission « ne ferait qu’aggraver la cruauté de la peine de mort et perpétuer le cycle de violence auquel les autorités disent vouloir mettre fin ». L’Église catholique américaine s’est également prononcée contre.
« Promotion barbare d’une culture de la mort »
L’archevêque Paul Coakley, président de la Conférence des évêques catholiques américains
Reste la question des canaux. Sollicités par l’AFP, YouTube, Meta et X n’ont pas donné suite. TikTok, lui, a rappelé que ses règles proscrivent les images d’une personne abattue.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Dietmar Rabich. Licence : CC BY-SA 4.0.



