Face à l’IA, les maisons d’édition misent sur détecteurs, lecture humaine ou accord écrit

Après la rupture de Boréal le 21 octobre, détecteur, lecture humaine ou accord signé : les maisons d’édition françaises choisissent leurs parades face à l’IA.

Solène Gautreau Par Solène Gautreau
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Face à l’IA, les maisons d’édition misent sur détecteurs, lecture humaine ou accord écrit
Une personne lit un livre annoté d’un stylo, près d’un ordinateur portable et d’un carnet de notes, à une table ronde.

En bref

  • Boréal ne réimprimera pas le roman et ne publiera plus l’auteur.
  • Une analyse externe a trouvé des balises d’IA dans des métadonnées.
  • Madrigall veut tester ses manuscrits dès janvier 2027.
  • L’Observatoire fait signer un accord contraignant à ses auteurs.

Le mercredi 21 octobre, les Éditions du Boréal ont rompu avec Thélyson Orélien : l’éditeur canadien affirme que l’intelligence artificielle a servi à écrire C’était ça ou mourir, ce que l’auteur conteste. Comme le détaille franceinfo, les maisons françaises cherchent depuis des parades.

Des accusations sur X à la rupture

  1. Le compte X « Balance ton Claude » affirme avoir repéré un recours massif à l’IA dans le roman, et la polémique éclate.
  2. Le livre est retiré de la sélection du prix Goncourt, après des révélations de plagiat et des soupçons d’IA.
  3. Le prix Renaudot garde le roman en deuxième sélection. Son secrétaire général, Georges-Olivier Chateaureynaud, déclare : « Tout ce qui concerne l’IA, c’est tout de même très, très neuf ; dans l’esprit, au moins d’une majorité des membres du jury, ce n’est pas prouvé. »
  4. L’auteur assure à l’AFP qu’aucune phrase n’a été créée par une IA.
  5. Boréal maintient le livre en librairie, faute d’élément établissant avec certitude un recours à l’IA.
  6. Boréal annonce la rupture.

Entre-temps, l’éditeur a commandé une analyse externe approfondie de toutes les versions de travail. Les résultats, obtenus la semaine du communiqué, ont révélé des traces de balises d’IA dans les métadonnées de certains documents. Malgré le contrat signé, Boréal ne réimprimera pas le roman et ne publiera plus l’écrivain.

Un auteur qui nie, un éditeur qui doute

Dans Libération, Thélyson Orélien maintient : « Le livre a été écrit par moi. » Il reconnaît toutefois un usage de l’IA dans le « processus de création », pour des « recherches historiques ». Auprès de l’AFP, il avait évoqué des outils employés pour des recherches, notamment sur des idiomes étrangers.

Boréal, lui, avoue ignorer dans quelle mesure l’IA a servi et pense ne jamais obtenir de réponse définitive. Pour l’éditeur, la question fondamentale est la confiance entre auteurs et éditeurs. Le président de l’Académie Goncourt, Philippe Claudel, y voit un tournant : « On ne peut avoir qu’une réaction de tristesse. » L’écrivaine Christine Angot parle d’« une attaque contre la littérature ». Hervé Le Tellier, prix Goncourt 2020, lâche : « On entre dans l’ère du mensonge et donc du soupçon. »

Une femme vue de dos, aux longs cheveux noirs, lit un livre ouvert devant de hauts rayonnages remplis de livres.
Face à l’IA, la lecture humaine reste au cœur du livre : une lectrice feuillette un ouvrage devant des rayonnages de livres. Photo : nam mau / Pexels

Détecteur, lecture, label : les réponses des maisons

Acteur Dispositif
Madrigall (Gallimard, Denoël, Casterman, Flammarion, P.O.L., Minuit) Passage des prochains manuscrits au détecteur d’IA dès janvier 2027, selon France Inter
Albin Michel Logiciel de détection déjà utilisé, sans dernier mot : la lecture humaine prime
Éditions de l’Observatoire Label « 100% humain » annoncé le 25 septembre, sans détecteur
Prix Pascal Récompense d’une œuvre coécrite avec l’IA, fondé par trois entrepreneurs de la tech

Pour : à l’Observatoire, l’engagement est écrit et sans signature il n’y a pas de publication. Chez Albin Michel, un lecteur garde la décision finale.

Contre : Hervé Le Tellier juge qu’un label « 0% IA » relève d’une « douce utopie ». Il comprend pourtant la nécessité d’un garde-fou, puisque des jurys se laissent abuser.

À l’Observatoire, la directrice littéraire de la fiction, Emma Saudin, a précisé à l’AFP que les auteurs signent « un accord contraignant dans lequel l’auteur s’engage à ne pas avoir recours à l’IA dans la conception du livre ».

Le prix Pascal prend le contre-pied : son site affirme que l’IA est déjà dans les ateliers d’écriture, les manuscrits et les librairies, souvent en silence.

Photo : cottonbro studio / Pexels

Solène Gautreau

L’actualité, remise en perspective

Solène Gautreau

Solène Gautreau a été chargée d'études dans un cabinet de conseil en économie régionale avant de se tourner vers l'écriture. Chez Newsly, elle traite l'économie des entreprises et les sujets scientifiques qui touchent la vie courante. Elle cherche toujours la donnée brute derrière un classement ou un sondage. Elle nage deux fois par semaine à la piscine municipale.