Monde

Maricarmen, 87 ans, meurt avant de pouvoir rentrer chez elle

Expulsée sur un brancard à Madrid le 23 septembre, elle avait obtenu un accord pour récupérer son logement. Sa mort a provoqué des rassemblements dans le pays.

Eva Laurent Par Eva Laurent
4 min de lecture
Maricarmen, 87 ans, meurt avant de pouvoir rentrer chez elle
Les mains d'une femme âgée ; Maricarmen, 87 ans, est morte avant de pouvoir rentrer chez elle.

Maricarmen Abascal, 87 ans, est morte à l’hôpital à Madrid, un décès annoncé le mercredi soir 7 octobre qui suscite une vive émotion dans toute l’Espagne.

En bref

  • Le 23 septembre, l’octogénaire avait été évacuée de son appartement madrilène sur un brancard, après le rachat du logement par une société immobilière.
  • Une habitante a résumé le sentiment ambiant : « Elle était devenue notre grand-mère à tous.
  • En France aussi, la question du logement nourrit le débat politique : inscrire le droit au logement dans la Constitution est une proposition portée par LFI.

Une expulsion sur un brancard, un accord arrivé trop tard

Le 23 septembre, l’octogénaire avait été évacuée de son appartement madrilène sur un brancard, après le rachat du logement par une société immobilière. Son loyer avait augmenté de 275 % après la reprise par une agence immobilière, HuffPost France rapportant ce chiffre.

Installée à l’hôpital après l’expulsion, elle avait appelé les autres à poursuivre la lutte : « Moi, je n’ai pas pu sauver ma maison, mais je me bats pour que d’autres puissent le faire. » Un accord avait ensuite été trouvé pour qu’elle récupère son appartement, l’agence ayant cédé à la pression publique après des jours de manifestations. Maricarmen est morte avant d’avoir pu rentrer chez elle.

La journaliste Andrea Ropero, qui l’avait accompagnée le jour de l’expulsion et avait filmé la scène, a déclaré mercredi soir sur un plateau de télévision : « Son souhait était de mourir dans cette maison car sa mère y était décédée et, maudites expulsions, elle a fini par mourir à l’hôpital, ce qu’elle ne voulait absolument pas. »

  1.  : expulsion de Maricarmen, sur un brancard.
  2.  : annonce de son décès et rassemblement spontané dans le centre de Madrid.
  3.  : bougies et messages de colère devant son domicile.

Bougies, minute de silence et colère dans la rue

Dès l’annonce du décès, des centaines de manifestants se sont rassemblés spontanément dans le centre de Madrid. Parmi les slogans : « Maricarmen, présente aujourd’hui et pour toujours » et « C’est pour Maricarmen ». Des manifestants de la Puerta del Sol ont convergé vers le Parlement, observé une minute de silence et allumé des dizaines de bougies. Plusieurs ont pleuré, d’autres se sont enlacés.

Des milliers de personnes étaient déjà descendues dans la rue dans tout le pays, et des centaines de militants campent sur la Puerta del Sol depuis dix jours pour manifester leur colère, franceinfo décrivant ces rassemblements. Une habitante a résumé le sentiment ambiant : « Elle était devenue notre grand-mère à tous. » Une jeune femme a ajouté : « On vit cela avec beaucoup de tristesse et beaucoup de rage. »

Jeudi matin, devant le domicile de Maricarmen, des bougies, des larmes et de la colère se côtoyaient. Une riveraine, très affectée, a dit que chacun devrait avoir un toit et ne pas être chassé de chez soi.

Des décrets retoqués aux élections anticipées

Après le témoignage de Maricarmen, l’exécutif avait promulgué deux décrets, que les députés ont ensuite rejetés. Le Premier ministre, Pedro Sanchez, a ensuite annoncé des élections législatives anticipées. Pour franceinfo, son histoire a été le déclencheur de cette annonce du gouvernement socialiste.

Plusieurs voix voient dans sa disparition un moment charnière. Le quotidien El País écrit que « Maricarmen a changé l’Espagne » et que sa mort « déclenche un séisme social et politique ». Pour El Mundo, l’affaire marquera « un avant et un après dans l’histoire de l’Espagne », et le syndicat des locataires de Madrid parle d’un tournant. Sur une pancarte brandie mercredi soir, une manifestante a écrit : « Merci d’avoir changé l’Espagne. »

Un marché locatif sous tension

Cette histoire révolte d’autant plus qu’elle renvoie à un problème plus large, celui du coût de la location en Espagne.

  • En dix ans, le loyer moyen au mètre carré a quasiment doublé.
  • À Madrid comme à Barcelone, il est « extrêmement difficile » de dénicher un logement dont le loyer reste sous 700 euros mensuels, d’après une enquête menée par l’association de consommateurs OCU.

En France aussi, la question du logement nourrit le débat politique : inscrire le droit au logement dans la Constitution est une proposition portée par LFI.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Italo Melo. Licence Pexels.

Eva Laurent

L’actualité, remise en perspective

Eva Laurent

Eva Laurent a été secrétaire de rédaction dans un quotidien régional pendant une douzaine d'années avant de rejoindre Newsly. Elle y suit l'actualité générale, surtout l'international et l'économie, et relit une grande partie des articles publiés. Elle date chaque chiffre et renvoie vers la source d'origine. Elle apprend le portugais depuis deux ans.