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Syrie : l’OIAC avait inspecté Barzeh et n’y avait trouvé aucune trace d’arme chimique

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À droite, Bachar al-Assad à Damas le 3 décembre 2003 ; à gauche, Lula da Silva. Source : Wikimedia Commons

Le régime de Bachar el-Assad est accusé d’avoir développé et conservé des armes chimiques sur son site de Barzeh, auquel est reliée la présumée attaque chimique du 7 avril dernier. Lors des frappes nocturnes des 13-14 avril 2018, ce site a été détruit par les forces américaines. Un rapport de l’OIAC, qui aurait dû enquêter à Douma sur la possible attaque du 7 avril mais en est pour l’instant empêchée, montre qu’un rapport d’inspection daté du 28 février 2018 avait fait état de l’absence d’armes chimiques sur ce lieu.

Qu’est-ce que l’OIAC ?

L’OIAC est l’acronyme français de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. En anglais, on parle de l’OPCW : Organisation for the prohibition of chemical weapons. Cette institution internationale créée en 1997 est en lien avec les Nations unies. Son objet est de veiller à la bonne application de la Convention internationale sur les armes chimiques. Cet organisme intervient dès qu’une attaque ou détention d’arme chimique est suspectée. Supervisant un programme de désarmement chimique de la Syrie (« elimination of the Syrian chemical weapons program »), elle inspecte depuis des mois des sites syriens. Mais, pour l’instant, le théâtre de l’attaque présumée du 7 avril – Douma – demeure fermé à ses experts :

Les États-Unis d’Amérique, le Royaume-Uni et la République française, qui ont frappé diverses cibles en Syrie dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 avril 2018, sont intervenus sans mandat international délivré par l’ONU. Au contraire, leur opération a heurté de grandes puissances, dont certaines du Conseil de sécurité, comme la Fédération de Russie et la République populaire de Chine. Normalement, l’OIAC aurait dû enquêter sur l’attaque chimique alléguée du 7 avril dernier avant des débats aux Nations unies sur l’éventualité d’une intervention légale. Mais le droit international a été court-circuité pour l’occasion.

Le site de Barzeh

Les frappes anglaises, américaines et françaises ont été coordonnées. Elles ont visé plusieurs objectifs, partiellement ou totalement atteints malgré la réaction de la DCA russe utilisée par l’armée syrienne. Si deux tiers voire trois quarts des missiles de croisière auraient été détournés ou détruits, les autres ont atteint leur cible. Le centre de recherches scientifiques de Barzeh a par exemple été grandement ruiné par des armes américaines, comme en témoigne cette vidéo prise sur place le 14 avril :

Si ce site a été visé, c’est parce qu’il aurait été le lieu de dépôt des armes chimiques du régime de Bachar el-Assad. Cependant, il a été récemment visité, le 22 novembre 2017 précisément, par les experts de l’OIAC. Le rapport du comité exécutif de cette organisation est librement disponible en langue anglaise. Divers experts, à l’instar du chercheur Frédéric Pichon spécialiste de la Syrie, ont découvert un possible pot aux roses :

Le site de Barzeh était suivi par l’OIAC depuis novembre 2017. L’inspection conclue le 28 février 2018 fait l’objet d’un rapport très précis. La conclusion de la synthèse subséquente est nette : « The analysis of samples taken during the inspections dit not indicate the presence of scheduled chemicals in the samples, and the inspection team did not observe any activities inconsistent with obligations under the Convention during the secound round of inspections at the Barzah and Jamrayah facilities ».

Aussi, certains pensent que les USA auraient potentiellement détruit ce site pour empêcher l’OIAC de renouveler cette constatation quelques jours après le 7 avril 2018. Le parallèle avec l’Irak, où des « armes de destruction massive » avaient été fantasmées, a pu être fait dans différents médias occidentaux. En outre, pour le Daily Mail en Angleterre, l’ancien chef des forces spéciales britanniques Joanthan Shaw a déclaré qu’Assad n’aurait pas utilisé d’armes chimiques… Il ne s’agit toutefois que d’hypothèses. Une note des services de renseignement français mentionne pourtant la non-déclaration du site de Barzeh avant 2018, alors que l’OIAC le suivait dès 2017… L’affaire est loin d’être close : la Russie et la Syrie semblent retarder l’inspection par l’OIAC de Douma, alléguant les frappes. L’inspection devrait cependant avoir lieu incessamment sous peu, mais plus d’une semaine après les faits allégués.