Hongrie : un nouveau mandat pour Orban

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Viktor Orbán, Premier ministre de la Hongrie, le 13 décembre 2012. Source : Flickr et Wikimedia Commons

Hier, dimanche 8 avril 2018, les Hongrois étaient appelés aux urnes. Il s’agissait des élections législatives. Si les observateurs (même les plus hostiles aux idées du personnage) s’attendaient pour la plupart à une victoire de Viktor Orban, l’ampleur de cette dernière malgré la participation a pu en étonner plus d’un. Ainsi, la Hongrie confirme la direction qu’elle a choisie ces derniers temps : refus de l’immigration extra-européenne, préférence nationale et défi à la Commission européenne voire à l’ONU, entre autres. Le point sur les élections.

« Viktory » : les résultats du scrutin

Terminant son deuxième mandat consécutif de Premier ministre et s’apprêtant à conserver ces fonctions pour une troisième législature de quatre années, Viktor Orban n’a pu réprimer des larmes dimanche soir. Il faut croire qu’il ne pensait pas lui-même à une victoire aussi large. Son parti politique, le Fidesz – qui s’appuie notamment sur la notion de société civile – a longtemps été classé au sein de la « droite nationale ». Depuis quelque temps, les médias occidentaux parlent plutôt d’« extrême droite » ou de « nationaliste », eu égard aux politiques menées.

Quoi qu’il en soit, le taux de participation a été proche de 70 %, du jamais vu depuis 2002, les Hongrois étant généralement considérés comme un peuple participant peu aux élections. Cette participation est donc de 7 % environ supérieure à celle de 2014, année des dernières élections législatives. Le Fidesz, parti déjà au pouvoir, a ainsi obtenu avec le KDNP près de 49 % des voix cette fois-ci, contre un peu plus de 44 % en 2014. Cela permet à Viktor Orban de disposer de 133 sièges sur 199 dans l’hémicycle, soit la majorité des deux tiers qui permet de modifier aisément la Constitution. Cette progression contredit les pronostics de certains journalistes occidentaux, comme ceux de Laure Mandeville du Figaro :

En deuxième position se trouve le Jobbik, le parti de l’extrême droite hongroise, avec un peu moins de 20 % des bulletins. C’est un score stationnaire depuis 2014. La première opposition à Orban lui vient donc une nouvelle fois de sa propre droite. Viennent ensuite les socialistes-communistes du MSZP avec 12,3 % des suffrages, puis les écologistes LMP avec 6,87 %. Il faut encore mentionner la gauche du DK, ayant recueilli 5,55 % des voix. Ces derniers partis n’auront que peu de sièges au Parlement, avec des députés principalement élus dans la région de Budapest.

Le programme d’Orban

Viktor Orban doit son succès à son discours opposé au dirigisme européen ou onusien, à George Soros, à l’immigration de masse, à l’islam… Il devrait sans surprise continuer dans cette direction, conforté par son succès électoral et l’opinion publique de ses voisins, dont les pays du V4, mais aussi plus largement l’Autriche et, désormais dans une certaine mesure, l’Italie. Voici une vidéo de l’intervention d’Orban après l’annonce des résultats :

Peu avant les élections, Viktor Orban avait tenu un discours électoral solennel mettant en avant le symbolique plutôt qu’un programme politique précis. Il reprenait à plein les notions de patrie ou de christianisme et s’appuyait sur l’histoire de la Hongrie, longtemps menacée par l’Empire ottoman puis plus récemment amoindrie par le traité du Trianon ou la tutelle soviétique. Bruxelles était nommément accusée de soutenir les migrations et de ne pas protéger l’Europe. En concluant son discours de dimanche soir, le Premier ministre hongrois s’est écrié : « Soli Deo gloria » (la gloire revient à Dieu seul).

Mais la Hongrie devra encore affronter les réticences de l’Union européenne voire de l’ONU. Plus encore, malgré les politiques natalistes récentes, la population (légèrement inférieure à 10 millions d’habitants) continue de décroître légèrement ou de stagner, bon an mal an. La fécondité est cependant passée en 2010 de 1,25 enfant par femme à 1,49 pour 2016. Si l’économie a pu se maintenir relativement saine (dette à 73,9 % du PIB et déficit de 1,9 % du PIB) après la crise économique mondiale, le revenu moyen reste faible, en dépit d’une importante progression depuis la chute du communisme. Les enjeux politiques que la majorité renouvelée devra affronter sont donc nombreux et importants.

Source :

Le Monde