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Le ton monte toujours entre la Russie et l’Angleterre

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Le Kremlin, à Moscou, est le cœur du pouvoir exécutif de la Russie. Crédits photo : A. Savin, 28 mai 2012, Wikimedia Commons

L’affaire Skripal défraye la chronique depuis plusieurs jours. À l’heure où nous écrivons, Sergueï et sa fille Ioulia sont toujours en vie. Mais ils sont hospitalisés et leur état reste préoccupant. Le Royaume-Uni n’ayant pas tardé à accuser la Russie de cet empoisonnement, le ton a rapidement monté entre les deux pays. C’est comme si nous étions remontés quelques décennies en arrière, au plus fort de la guerre froide. Si les conséquences ne pouvaient être excessivement graves, il y aurait matière à film…

Des échanges surréalistes ?

Dès l’annonce de la tentative d’empoisonnement sur les Skripal, Theresa May – Premier ministre du Royaume-Uni – a officiellement accusé le Kremlin. Sont notamment incriminés la trahison de Sergueï Skripal, ancien espion russe, et l’identification de l’agent innervant utilisé, fabriqué en Russie. Si ce ne sont pas des preuves formelles, le gouvernement britannique n’a cependant pas hésiter à pointer du doigt la Fédération de Russie qui vient de réélire Vladimir Poutine à sa tête.

Les autorités russes ont quant à elles dénoncé une inversion de la charge de la preuve et accusé les services britanniques de vouloir saboter le dialogue russo-américain, notamment sur la question syrienne. L’ambassadeur de la Russie à l’ONU a vivement et publiquement interpellé son homologue anglais à ce sujet :

Le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni Boris Johnson est allé encore plus loin. Ce farouche tenant du Brexit intégral a jugé légitime de comparer la coupe du monde 2018 de football en Russie… aux JO de Berlin en 1936 ! Au nom de la diplomatie russe, Maria Zakharova a estimé que ces parallèles étaient « indignes et intolérables de la part d’un chef de la diplomatie d’un État ». Le Kremlin a parlé d’« affirmation parfaitement dégoûtante ». L’ambassadeur de la Russie à Londres expliqué que « nul n’a le droit d’injurier la nation russe qui a triomphé des nazis ». Il est vrai que l’Angleterre n’a pas pris de pincettes, refusant toute collaboration russe dans l’enquête en cours ! D’un point de vue diplomatique, les offenses s’enchaînent donc.

La Russie continue de se défendre

Les alliés du Royaume-Uni ont d’abord été prudents, comme la France préférant attendre les conclusions de l’enquête. Finalement, ils lui ont rapidement emboîté le pas. Moscou joue cependant le calme et la modération (relative). Le mercredi 21 mars 2018, l’exécutif russe a organisé dans sa capitale une rencontre conviant tous les ambassadeurs présents. Le tout a été orchestré par Vladimir Ermakov, qui se trouve à la tête du ministère des Affaires étrangères. Le but était de démontrer toutes les incohérences de la version anglaise de l’affaire Skripal. Mais les ambassadeurs du Royaume-Uni, des États-Unis et de la France étaient absents. L’attitude de l’Amérique est en passe de tout faire basculer. Avant même le feuilleton Skripal, une grande partie de l’Occident se méfiait de la Russie :

Ermakov considère que Londres est le seul responsable des empoisonnements, pas nécessairement par action directe, mais au moins par défaut de protection. Il a explicitement mentionné la possibilité d’un coup monté, avec peut-être une participation des USA. L’ambassade américaine a dès lors accusé la Russie d’un « déni de réel », ce qui isole encore plus le géant eurasiatique sur la scène internationale.

De possibles sanctions contre la Russie

Des sanctions à l’encontre de la Russie sont attendues de la part de l’Union européenne. Mais la Grèce et la Hongrie, ainsi que quelques autres États, pourraient leur faire barrage. Les ministres des Affaires étrangères de l’Europe gardent une certaine mesure en évoquant une « évaluation » du gouvernement anglais, estimant sa version des faits « hautement probable », sans la considérer comme étant déjà prouvée. Le Kremlin attend quant à lui des preuves tout en déclarant qu’elles n’existent pas, dans la mesure où la Russie ne serait pour rien dans toute cette histoire.

Quand on sait que des guerres d’envergure ont été déclarées sur des incidents diplomatiques d’apparence parfois mineure, on a de quoi se faire du souci… !

Source :

Le Figaro