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Maurras ne sera pas officiellement commémoré en 2018

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Sous Franco, une rue de Madrid a pris le nom de Maurras. Crédits photo : Asqueladd, avril 2016, Wikimedia Commons

Chaque année, l’État français promulgue la liste des personnalités à commémorer. Pour ce faire, il s’appuie sur des dates symboliques, des anniversaires. Si certaines passent inaperçues ou sont à peu près inconnues, d’autres font davantage parler d’elles. En 2018, c’est le cas de Charles Maurras, le théoricien royaliste du « nationalisme intégral », qui vient d’être finalement rayé du programme après diverses polémiques.

Les étapes d’une polémique

En France, le ministère de la Culture abrite un Haut Comité des commémorations nationales présidé par Danièle Sallenave. Celui-ci a été, comme chaque année, chargé de produire Le Livre des commémorations nationales 2018. Dans la version initialement actée par le ministre de la Culture, on y découvrait le nom de Charles Maurras. Le « maître de Martigues », selon le surnom qui lui avait été donné par ses disciples, s’y trouvait au titre du 150e anniversaire de sa naissance. Ce membre de l’Académie française avait effectivement vu le jour en Provence en 1868. Il s’est éteint à Tours en 1952.

Dans la brochure, ce penseur politique était décrit comme étant « une figure emblématique et controversée », parce que cet « écrivain reconnu tant en France qu’à l’étranger fut aussi le théoricien politique du nationalisme intégral et un polémiste redouté ». Mais ces précautions n’ont pas suffi à empêcher la polémique de naître. Divers collectifs ont fait valoir la peine d’indignité nationale et de réclusion infligée à Maurras dans le contexte électrique de la Libération. Le motif qui avait valu ce jugement était la « haute trahison » doublée d’« intelligence avec l’ennemi », deux choses dont l’homme en question s’est toujours défendu. C’est d’ailleurs l’objet de son ouvrage L’Allemagne et nous publié en 1945. Il affirmait vouloir combattre les collaborationnistes en soutenant la « résistance » passive du « Maréchal ».

Par conséquent, le ministre de la Culture Françoise Nyssen a annoncé le 28 janvier le retrait de toute mention à Charles Maurras. Le Livret des commémorations nationales 2018 sera carrément réimprimé pour l’occasion. Voici un retour sur cette info :

Les idées de Charles Maurras

Outre son attitude ambiguë pendant la seconde guerre mondiale, ce sont aussi les idées de Charles Maurras qui ont gêné de nombreuses associations ainsi que des personnalités politiques. Si sa poésie est passe-partout parce qu’elle emprunte des thèmes antiques, ce n’est pas le cas de ses essais politiques et de ses articles de journal, principalement dans L’Action française.

Dans l’entre-deux-guerres, il était habituel de fustiger l’état décadent de la France. Or Charles Maurras attribuait principalement cette décadence aux francs-maçons, aux juifs, aux protestants et aux « métèques », terme recouvrant à la fois les immigrés et le « capital apatride » ou représentant des intérêts étrangers. Il voyait en ces quatre groupes les composants essentiels d’une République française qu’il détestait. Il préférait à cette dernière une royauté orléaniste dépeinte par son slogan proudhonien : « la monarchie, c’est l’anarchie plus un ». Sa pensée politique est synthétisée dans l’ouvrage Mes idées politiques. L’historien Olivier Dard, professeur à la Sorbonne, présentait cette personnalité politique importante dans l’histoire de la IIIe République :

L’antisémitisme de Charles Maurras a été l’un des principaux éléments de la polémique de ce début d’année. Parmi ses proches ou sympathisants, il aura tout de même compté Léon Daudet, Jacques Bainville et Maurice Pujo. Marcel Proust, Jean Paulhan, André Gide, Augustin Cochin, Guillaume Apollinaire, Henri Ghéon, Auguste Rodin, Anna de Noailles, Albert Thibaudet, Marguerite Yourcenar, Henry de Montherlant, Jacques Lacan, Charles de Gaulle, Paul Valéry, André Malraux et Michel Déon ont parmi beaucoup d’autres lu à un moment ou un autre de leur existence son quotidien qui fut finalement condamné en 1926 par le pape Pie XI. S’amorcent à partir de là le déclin du mouvement et la perte de prestige de Charles Maurras qui, sans ces polémiques récentes, serait demeuré un parfait inconnu pour la multitude.

Source :

Le Figaro