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Des États ont sans le savoir indirectement armé Daech

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Aperçu de la bataille de Raqqa, 13 juin 2017. Crédits photo : Mahmoud Bali, Wikimedia Commons

Un rapport tout ce qu’il y a de plus officiel vient de trancher, après trois années de recherches. Du matériel envoyé en Syrie par l’Arabie Saoudite et les États-Unis a finalement atterri entre les mains de l’État islamique. Regardons ensemble les faits dont il s’agit.

Généalogie d’un détournement de matériel

La guerre civile syrienne est un événement complexe. Dès ses débuts, les avis ont divergé. Les communautés et groupes en présence sont nombreux, et il n’est pas toujours facile de s’y retrouver. Après une présentation médiatique d’un dictateur contre son peuple, la part a été faite entre une opposition modérée et des terroristes. Mais ces deux derniers univers sont encore constitués d’une myriade de réalités différentes.

Quoi qu’il en soit, l’organisation non gouvernementale Conflict Armament Research, plus communément appelée « CAR », a passé trois années sur le terrain. En Syrie et en Irak, elle a cherché à savoir d’où venaient les équipements utilisés par Daech. Pour cela, ses experts ont passé en revue près de 40 000 objets récupérés sur le front. Obus, munitions, armes et éléments de logistique faisaient partie de ce vaste échantillon. Les conclusions sont déroutantes : CAR y a retrouvé du matériel fourni par les États-Unis et l’Arabie Saoudite à diverses formations opposées à Bachar al-Assad.

En fait, la source des richesses matérielles de Daech soulève beaucoup de questions. Différentes organisations cherchent donc à remonter les filières d’armement de l’État islamique. Cette vidéo fait le point sur le sujet :

Les conséquences de ce rapport

Si l’identification des équipements en question est relativement facile, leur traçabilité est une autre affaire. Il faut pour cela se référer aux codes unitaires (numéros de série) pour retrouver le fournisseur qui pourra identifier la commande d’origine. La piste a donc pu être remontée jusqu’à l’Europe de l’Est. En effet, la plupart des armes occidentales retrouvées provenaient de pays comme la Bulgarie et la Roumanie pour honorer des commandes des États-Unis et de l’Arabie Saoudite.

Ce qui est gênant pour ces deux derniers États, c’est qu’ils avaient signé avec leurs fabricants d’armes une « clause de non-réexportation ». Ces équipements auraient dû rester leur propriété. Au lieu de cela, ils ont été fournis à des groupes rebelles syriens. En revanche, le but des États-Unis n’était pas d’armer l’EI, auquel les armes n’ont jamais été directement données. Cependant, les transferts ont été dans certains cas extrêmement rapides. En effet, après fabrication en Bulgarie, il a fallu deux mois seulement pour qu’un lance-roquettes soit saisi entre les mains de Daech. Il a pourtant transité par les USA. D’autres armements sont dans la même situation.

À droite, Bachar al-Assad à Damas le 3 décembre 2003 ; à gauche, Lula da Silva. Source : Wikimedia Commons

Tout cela signifie qu’un certain nombre de groupes rebelles anti-Assad pourraient n’avoir été que des satellites ou des créatures de l’État islamique. C’était indéniablement une stratégie ingénieuse de la part des islamistes, qui profitaient ainsi d’un soutien indirect et involontaire de l’Arabie Saoudite comme des États-Unis. Mais ces mêmes groupes rebelles syriens pouvaient être en guerre ouverte contre Daech. Sont particulièrement concernés les factions Jays Al-Nasr et The New Syrian Army. Cela veut dire que les armes ont pu en réalité être volées par Daech et non données. Une autre enquête est nécessaire pour déterminer les circonstances exactes de ces transferts : butins de guerre ou complicités ?

Source :

Le Monde

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