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Guillaume Musso : profession vendeur de livres

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2022

La réussite de Guillaume Musso ne doit rien au hasard. Car avant d’être un auteur à succès, l’auteur de Sauve-moi est surtout un vendeur aux méthodes parfois peu conventionnelles.

Sa petite entreprise ne connaît pas la crise. Avec deux sorties cette année, Guillaume Musso signe en 2020 l’année la plus prolifique de sa carrière en librairie. Mais pour se hisser au sommet des palmarès des libraires, il ne suffit pas de savoir raconter des histoires qui plaisent aux lecteurs. De solides aptitudes en marketing sont aussi déterminantes. Surtout dans un secteur aussi concurrentiel que celui de la littérature populaire, sujet aux phénomènes passagers et aux accès d’engouement des lecteurs, dans lequel les premières places paraissent peu assurée d’une année sur l’autre.

Coups d’édition et méthodes peu orthodoxes

Ces talents de vendeurs, l’écrivain de 46 ans diplômé d’une licence de sciences économiques et ancien professeur de SES, n’en manque pas. Depuis ses débuts sur le marché du livre, et ses premiers succès, l’auteur de Parce que je t’aime en a donné la pleine mesure, en se hissant livre après livre parmi les auteurs les plus vendus en France. Quoiqu’il s’en défende en assurant que les classements des ventes « ne le touchent pas dans sa vie de tous les jours », l’auteur a multiplié tout au long de sa carrière les coups commerciaux, parfois peu conventionnels comme la méthode de « l’office sauvage » décriée en 2019 par certains libraires. Et qui avait à l’époque suscité quelques grincements de dents au sein de la profession.

Pour la sortie de son nouveau roman annuel La Vie est un roman, Guillaume Musso n’a encore rien laissé au hasard. Ce nouveau livre très intime, « né d’une peur que j’ai toujours, celle de voir l’un de mes enfants disparaître », confiait l’écrivain à LCI, tourne autour de l’énigme d’une disparition et aborde pêle-mêle plusieurs thèmes chers à l’écrivain (l’Amérique, l’amour, le mystère, l’écriture…). Sa sortie en librairie le mardi 26 mai, et non le mercredi comme les autres titres du groupe Hachette, a été rendue possible grâce à un office organisé spécialement par la maison d’édition. Un traitement de faveur calculé : en avançant sa disponibilité en librairie de 24 heures, le dernier Musso s’est ainsi offert une journée d’avance sur la sortie du dernier roman de Joel Dicker, L’Enigme de la chambre 262, devenu l’une des valeurs sûres du marché du livre francophone. Pas suffisant cependant pour prendre l’ascendant sur le roman de l’écrivain suisse, qui a caracolé en tête des classements durant tout l’été.

Skidamarink, réédition inopinée pas sans arrière-pensées

L’année 2020 pour Guillaume Musso ne s’est cependant pas limité à ce seul coup d’édition. Pour la première fois depuis 2004, l’auteur de 7 ans après, astreint jusqu’ici au rythme d’un roman par an, a enfreint sa propre règle en abondant les étals des libraires d’un second livre. Ce dernier n’est cependant pas une nouveauté : publié initialement en 2001 chez Anne Carrière, Skidamarink est le premier roman de l’écrivain, devenu désormais « introuvable » selon son nouvel éditeur Calmann-Lévy. Une sorte de proto-Da Vinci Code selon la présentation donnée à la presse, dont la réédition se justifiait aussi pour des raisons affectives selon Guillaume Musso. « J’ai écrit beaucoup de livres après Skidamarink mais ce premier gardera pour toujours une saveur particulière », précisait l’auteur à l’AFP lors de la sortie du livre.

Au-delà du caractère sentimental entourant l’exhumation de son premier livre, la sortie inattendue et inopinée de Skidamarink n’apparaît pas dénues d’arrière-pensées. La date de sortie choisie par Guillaume Musso, le 29 septembre, coïncide en effet avec la sortie de C’est arrivé la nuit, le dernier livre de Marc Levy, qui était annoncée quant à lui depuis le mois de juin. Une manière pour l’auteur préféré des Français de s’inviter dans les paniers d’achats des clients de son éternel rival et de refaire son retard sur le dernier livre de Joel Dicker ?

Guillaume Musso, de l’art du benchmark

La manœuvre, peu élégante au regard des standards du secteur, lui a été reprochée. Est-ce le souci de ne pas être distancé dans les classements des libraires qui l’anime ? Secoué par le bon démarrage du dernier Dicker en mai dernier, Guillaume Musso s’était défendu de tout esprit de compétition (« écrire des livres, ce n’est pas être boxeur », déclarait-il en mai dernier). Celui-ci n’en est pas moins régulièrement étrillé par certains critiques, qui l’accusent d’être un peu trop attentif à ce qui marche chez la concurrence. Dans une chronique au vitriol publiée dans Le Figaro en avril 2019, Frédéric Beigbeder accusait l’auteur de Que serais-je sans toi de « copier » les idées de Joel Dicker. « S’il est ennuyeux de relire une histoire déjà connue, c’est encore plus pénible quand la forme est celle d’un algorithme programmé par Bernard Werber un soir de flemme. Afin de se dédouaner, M. Musso remercie en fin de volume de grands agoraphobes (Kundera, Roth ou encore Ferrante) mais oublie bien sûr Dicker-le-pompé », écrivait, moqueur, l’auteur de 99 Francs.

Ces accusations à l’encontre de l’auteur de La vie secrète des écrivains et de son art supposé du « benchmark » ne sont du reste pas nouvelles. Avant de chercher quelques idées chez Dicker, Guillaume Musso se serait abondamment inspiré de son précurseur dans le genre du roman populaire, Marc Levy. La similitude des titres de ses romans avec ceux de l’auteur installé à New York (dont le fameux Où es-tu ? / Seras-tu là ? traduit par le même Will you be there? en anglais), les choix iconographiques des couvertures de ses livres quasi-identiques, la ressemblance extrême en matière de thèmes romanesques (action se déroulant aux Etats-Unis, personnages aux prénoms anglo-saxons, récit fantastique…), alimentent depuis des années les railleries et les grincements de dents sur la scène littéraire.

Techniques promotionnelles agressives

Loin de se laisser désarçonner par ces critiques parfois acerbes, Guillaume Musso, lui, en a fait une force. XO Editions, son premier éditeur, ne s’y était d’ailleurs pas trompé en promouvant l’une des nouveautés du jeune écrivain dans un catalogue de France Loisirs avec le slogan suivant : « Le nouveau Marc Levy ». Succès assuré pour le jeune talent, auto-propulsé au rang de doublure de l’écrivain français, l’un des auteurs français les plus lus dans le monde.

Cet art de la promotion tapageuse qui ne prend pas de gants et ignore les conventions à coup de slogans sans gênes, est devenu l’une des caractéristiques du style Musso en matière de publicité commerciale. La sponsorisation de bandeaux publicitaires  promouvant ses propres livres, en achetant les mots clés des noms et titres d’autres auteurs à succès, dénote d’une fine connaissance des moyens les plus retors pour capter le lectorat. Et de l’ambition…

« Il n’y a pas de match avec un gagnant et un perdant » soupirait en mai dernier Guillaume Musso. L’auteur de Je reviendrai te chercher n’a pourtant pas renoncé à se battre pour limiter sa baisse inexorable dans les classements des écrivains les plus vendus. Pour le plus grand bonheur des libraires qui ont vu en 2020 le marché du livre reprendre des couleurs, et sont les premiers à bénéficier de ce duel au sommet entre auteurs à succès.

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