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Émirats arabes unis : quand le gouvernement met les dissidents sur écoute

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Le gouvernement des Émirats arabes unis (EAU) a fait appel à des hackers israéliens pour mettre illégalement sur écoutes des dissidents politiques, des journalistes, mais également des responsables politiques étrangers. Un scandale mis au jour par le New York Times sur fond de guerre d’influence entre les monarchies du Golfe.

Officiellement, le contrat à 18 millions de dollars qui lie le gouvernement émirati à la société israélienne NSO Group est totalement transparent et, dixit la direction de l’entreprise, « vise exclusivement à être utilisé pour des enquêtes et la prévention de crimes et d’actes de terrorisme ». La réalité semble toute autre.

Le New York Times a eu accès à une série d’échanges mail entre les autorités des EAU et des responsables de NSO Group qui démontrent sans ambiguïté que la réalité de la prestation de l’entreprise israélienne, était en réalité d’infecter les téléphones mobiles d’un certain nombre de cibles, afin d’en prendre le contrôle et d’être en mesure d’écouter les conversations téléphoniques.

Des pratiques totalement illégales, qui visaient en premier lieu les opposants au gouvernement émirati et qui ne remonteraient pas à hier. En 2016 déjà, le défenseur des droits de l’Homme émirati Ahmed Mansoor, figure honnie du régime, avait dénoncé des tentatives de hacking de son iPhone. Quelques mois plus tard, et officiellement sans lien avec ces accusations, M. Mansoor a été arrêté et condamné à 10 ans de prison.

Parmi les victimes de cette campagne de hacking généralisée, on retrouve également un journaliste saoudien, Abdulaziz Alkhamis, dont le téléphone a également été placé sur écoute. Le journaliste, basé à Londres et donc plus libre dans ses critiques à l’égard des autorités du Golfe, a eu accès à certains enregistrements de ses conversations téléphoniques et confirmé leur véracité.

Si M. Alkhamis a affirmé au New York Times qu’il ignorait être sous surveillance de la part des Émirats arabes unis, il a toutefois ajouté ne pas être surpris au regard des articles « sensibles » qu’il a écrit, au fil des ans, sur les jeux politiques dans le Golfe.

Les efforts du NSO Group au service des autorités émiraties ne se sont pas arrêtés là, puisqu’un certain nombre de responsables politiques et de chefs d’état étrangers ont également été mis sur écoute ou ont fait l’objet de tentatives d’intrusion de la part des hackers israéliens.

Parmi les personnalités les plus éminentes, on peut citer l’émir du Qatar (Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani), le Premier ministre libanais (Saad Hariri), ou un prince saoudien un temps considéré comme potentiel prince héritier (Mutaib bin Abdullah). Des actes qui peuvent être qualifiés d’espionnage et qui pourraient être de nature à aviver les tensions, déjà grandes, dans la région du Golfe.