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Au Soudan, une femme violée peut être condamnée à mort…

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Il faut porter plainte en cas d'agressions sexuelles. Crédit photo : Sudumihail. Pixabay

La légitime défense, ça n’est vraisemblablement pas pour tout le monde… Au Soudan, une jeune femme de 19 ans a eu la « mauvaise idée » de tenir tête à son agresseur. Déjà violée, elle se défend contre un second viol, à l’aide d’un couteau. Mais cela n’a pas plu à tout le monde, ni à la « justice » du pays, sur fond de mariage forcé (à ne pas confondre avec la notion de mariage arrangé).

Des faits qui remontent à 2017

L’origine de l’histoire a déjà un an. C’est effectivement en avril 2017 que la jeune Noura Hussein, 19 ans, est promise par son père à un homme qu’elle n’aime pas. Le père de famille ne se gêne pas pour installer de force sa progéniture chez son « mari » : un certain Abdulrahman. Vous l’aurez deviné : il s’agit clairement d’un mariage forcé, une pratique semble-t-il encore courante dans une partie de la société musulmane soudanaise.

Souhaitant conserver sa liberté, la jeune Soudanaise a refusé de consommer un mariage qu’elle ne désirait pas. C’est l’organisation non gouvernementale Amnesty International, célèbre entre toutes, qui a médiatisé cette affaire en Occident. Malheureusement, le « mari » a défloré de force, c’est-à-dire violé, Noura Hussein le 2 mai 2017. Le plus glauque, c’est que le violeur a fait appel à un cousin et à deux frères pour l’aider à commettre son forfait, afin d’immobiliser une victime tout sauf consentante… Le lendemain, l’« époux » retente sa chance, toujours aussi brutalement. Parvenant à l’esquiver une première fois, Noura fuit dans la cuisine et s’empare d’un couteau avec lequel elle tue son agresseur.

Un dénouement aussi malheureux qu’inattendu

Pour certains, il semblerait que la femme ne soit qu’un objet, un peu comme les esclaves de certaines civilisations antiques. Après avoir tué son violeur Abdulrahman en se défendant contre un nouveau viol, Noura Hussein est retournée dans la maison de sa famille. C’est-à-dire chez son père, celui-là même qui l’avait installée chez son agresseur. Go TV (en anglais) a parlé de cette actualité :

Loin de s’enquérir du bien de sa fille, M. Hussein l’a remise entre les mains des forces de police. Elle se trouve, depuis, en prison. Un procès a été instruit en juillet 2017 et a considéré qu’il y avait eu un « homicide volontaire ». Aucune allusion n’est faite à la légitime défense ou à l’agression sexuelle, le tribunal ayant statué l’existence d’un lien matrimonial entre les deux individus et refusant toute notion de « viol conjugal ».

Le jugement s’est voulu exemplaire, histoire de dissuader les femmes victimes de violences diverses et variées de se défendre. C’est carrément une condamnation à mort qui a été prononcée ! Amnesty International a cependant demandé aux autorités soudanaises d’instruire une nouvelle procédure en appel, avec cette fois-ci la prise en compte de circonstances atténuantes, ce qui semble être la moindre des choses. L’avenir nous dira si cette médiatisation aura été suffisante…