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Affaire Skripal : des analystes s’étonnent de la réaction britannique

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Le Kremlin, à Moscou, est le cœur du pouvoir exécutif de la Russie. Crédits photo : A. Savin, 28 mai 2012, Wikimedia Commons

L’affaire Skripal défraye la chronique depuis plusieurs jours. Un espion russe passé au service du Royaume-Uni a été empoisonné, ainsi que sa fille, lors d’un repas au restaurant. Le gouvernement britannique a aussitôt accusé la Russie. Theresa May, en tant que Premier ministre, a même expulsé 23 diplomates russes et suspendu ses relations avec la Russie. L’enquête étant loin d’être terminée, cette posture énergique a étonné de nombreux observateurs, à commencer par le gouvernement français qui a préféré attendre les conclusions de la procédure d’investigation… avant d’emboîter le pas de l’Angleterre.

Une réaction trop rapide ?

Plusieurs analystes estiment que Theresa May est allée trop vite en besogne. Le gouvernement britannique aurait pu faire part de ses doutes, encore que ce soit inopportun diplomatiquement parlant, mais attendre la fin d’une enquête fiable avant de prendre la moindre mesure de représailles. Si les autorités britanniques avaient eu de sérieux éléments de preuve pour ce faire, ils auraient dû être rendus publics d’emblée. Il est donc logique que le Kremlin ait dénoncé une « provocation grossière » dans cette réaction disproportionnée à cette heure :

Le directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, à savoir Éric Denécé, a avoué être très étonné du chemin emprunté par le Royaume-Uni. Il estime que Theresa May a inversé la charge de la preuve. Cela signifie que qu’en tant qu’accusatrice elle demande à la Russie de se défendre, alors qu’elle devrait auparavant prouver l’implication de cet État dans le crime. En fait, elle désigne un coupable alors que le véritable responsable pourrait être totalement autre. M. Denécé va jusqu’à préciser qu’il trouve improbables les accusations portées contre l’État russe, nombreux arguments à l’appui.

Des Britanniques eux-mêmes partagés

Paul Thomson, un avocat vice-président du Parti conservateur du Royaume-uni, a pris la parole sur un plateau parisien. Il a expliqué ne pas comprendre quel intérêt la Russie aurait eu dans cet empoisonnement. En outre, il estime que Theresa May aurait dû accepter la proposition de coopération de Lavrov :

Cette intervention rejoint l’avis de Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS s’exprimant sur France 24. Lui aussi se demande à qui profitent les faits, d’autant plus qu’avant cette affaire les relations diplomatiques entre Russie et Royaume-Uni s’amélioraient :

La question est d’autant plus compliquée que ces péripéties font songer à l’empoisonnement en 2006 de l’espion russe Litvinenko, avec accusation de l’État russe à la clef. En 2016, le capitaine Barril qui avait commandé le GIGN affirmait que le coup avait été monté par les services anglais et américains… Ces révélations n’ont cependant pas convaincu tout le monde. Concernant Skripal, le mystère reste entier, et il faudra peut-être des années, là aussi, pour que toute la lumière soit faite…

Source :

Ouest-France