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Instabilité politique en perspective pour l’Italie ?

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Le nord de l'Italie, bastion historique de la Ligue (ex-Ligue du Nord), meilleur score de la coalition de droite. Source : Pxhere

Le dimanche 4 mars 2018, de nombreux Italiens se sont déplacés. En jeu : des élections parlementaires, concernant aussi bien le Sénat que la Chambre des députés. Les résultats font état d’une progression de la droite et de candidats opposés au « système », mais aucune majorité nette ne se dégage.

Les données brutes

Parmi les principales questions de la campagne électorale, la crise migratoire a occupé les esprits. Celle-ci intervient sur un fond de fin de crise économique, mais aussi dans un contexte de crise générale. L’Italie est secouée par différents problèmes, de la question régionaliste à la sclérose politique en passant par la mafia ou la corruption.

Le Movimento 5 Stelle, abrégé en « M5S », fait un gros score avec 32,5 % des suffrages. C’est une mouvance anti-système emmenée depuis 2009 par l’humoriste Beppe Grillo. Partagée sur la question européenne, elle prône la démocratie directe tout en s’opposant à l’immigration massive. Il est clairement difficile de positionner ce groupe sur l’échiquier politique traditionnel.

La coalition de droite obtient un meilleur résultat, à savoir 37,3 % des voix, mais avec l’association de plusieurs partis. Il s’agit de Forza Italia avec l’indéboulonnable Silvio Berlusconi, la Ligue de Salvini et les Fratelli d’Italia de Meloni. Au sein de cette coalition, les résultats ont pu surprendre. C’est en effet la Ligue (originellement du Nord) – d’extrême droite – qui est devant avec 17,5 % à elle seule. Le mouvement de Berlusconi doit se contenter de 14,2 % et les Fratelli d’Italia de 4,4 %, ce qui n’est pas négligeable… pour des héritiers du MSI fasciste ! En commentant ces résultats, le président de la République française Emmanuel Macron les a attribués à une « forte pression migratoire » :

La coalition de gauche est nettement distancée, mais elle recueille tout de même 22,9 % des bulletins. En son sein, tout repose sur les démocrates de Matteo Renzi : avec 18,7 % des voix, on remarque que les Italiens remettent nettement en cause la politique menée ces dernières années. Le parti +Europa d’Emma Bonino arrive très loin derrière, avec un score de 2,38 %. Il s’agit sans doute du groupe le plus européiste et libertaire en lice pour ces élections.

Quelles conséquences pour ce scrutin ?

Sans surprise, aucun parti politique italien n’aura emporté la majorité absolue hier. Ce n’est pas non plus le cas de la moindre coalition. En fait, la barre des 40 % pouvant suffire à gouverner n’est atteinte par aucun des mouvements en présence. Les politologues prévoient une persistance de l’instabilité politique, avec éventuellement un véritable blocage. Des alliances imprévues pourraient cependant être nouée dans les mois à venir, puis se défaire ou se refaire au gré des politiques menées ou envisagées :

Les partis politiques anciens ont d’une manière générale reculé. C’est le cas de la gauche au pouvoir les années précédentes, mais aussi de l’appareil Berlusconi. Le M5S a su tirer son épingle du jeu, de même que la droite forte ou carrément extrême. Leurs électeurs respectifs se rejoignent cependant pour remettre en cause les quotas de migrants et avoir un regard différent sur l’Europe institutionnelle. Ivan Rioufol, analyste du Figaro, a parlé d’une « vague souverainiste et protestataire ».

Il y a en outre une division à l’échelle territoriale. En effet, le Mezzogiorno a porté le M5S en tête. Mais ce n’est pas du tout le cas de l’Italie septentrionale qui a préféré la droite et pesé dans ces élections. La Ligue obtient d’excellents scores dans ses berceaux historiques (Ligue du Nord), comme Turin, Milan et Gênes. Le centre gauche n’est arrivé en tête que dans deux régions, dont la Toscane.

Ces données rendent très difficile tout pronostic quant à l’avenir. Il sera peu aisé de gouverner un pays dans ces conditions. Il est même possible que d’autres élections soient envisageables, mais elles pourraient produire un résultat similaire. L’Italie devrait donc encore rester un moment au cœur de l’actualité…

Source :

Le Monde