Accueil La Newsly Room International Retour sur la réélection de Zeman en Tchéquie

Retour sur la réélection de Zeman en Tchéquie

214
PARTAGER
Milos Zeman, président de la Tchéquie, lors d'une rencontre avec Vladimir Poutine en mai 2015. Source : kremlin.ru, libre de droits

Milos Zeman a été réélu le 27 janvier 2018 à la présidence de la Tchéquie en dépit de problèmes de santé assez importants. Représentant de l’euroscepticisme local, il bénéficie ainsi d’un second mandat présidentiel. Revenons sur le scrutin, son vainqueur et les implications pour l’avenir.

Les résultats du scrutin

Sur les bancs de l’école, nous avons forcément appris à localiser sur une carte un petit pays appelé « République tchèque », né de la scission de la Tchécoslovaquie. Mais cet État a demandé à changer de dénomination en 2016, comme peu de personnes le savent. Il faudrait désormais dire « Tchéquie » tout court. Dès 2013, le président Milos Zeman avait jugé ce nouveau nom « plus joli, moins froid ».

Au premier tour, les 12-13 janvier 2018, les élections présidentielles tchèques mettaient en lice 9 candidats, dont une majorité d’indépendants. Parmi eux, aucun n’était favorable aux quotas migratoires de l’Union européenne, ce qui signifie qu’ils s’opposaient tous à l’accueil de migrants voulu par Bruxelles. Voici une analyse des élections :

Les résultats de ce premier scrutin voient Milos Zeman largement en tête avec 38,56 % des voix. Le scientifique Jiri Drahos, soutenu par le STAN et la KDU-CSL (indépendants et démocrates-chrétiens), parvient à le mettre en ballottage avec 26,60 % des suffrages. Il faut savoir que traditionnellement on place le premier au centre gauche et ce dernier au centre droit. Le francophone Pavel Fischer, indépendant, finit bon troisième avec un score de 10,23 % des voix. L’abstention a été de 38,08 % des inscrits.

Le deuxième tour a eu lieu les 26-27 janvier 2018. Il correspond à une hausse de la participation, qui atteint 66,60 %. Le président sortant est réélu avec 51,37 % des suffrages, contre 48,63 % pour son opposant. C’est à Prague, la capitale, que Milos Zeman a fait ses moins bons scores, ainsi que dans les alentours.

Retour sur un personnage

Né en 1944 à Kolín, Milos Zeman est un ancien membre du Parti communiste tchécoslovaque, auquel il est inscrit en 1968-1970. Il tourne alors casaque et participe à la révolution de Velours de 1988-1989 marquant la fin du soviétisme en Tchécoslovaquie. À partir de 1993, il dirige le CSSD, parti de gauche, jusqu’en 2001. Il préside la Chambre des députés en 1996 puis le gouvernement de 1998 à 2002. Sa première élection présidentielle en 2003 est un échec, mais il sera plus chanceux en 2013 où le suffrage devient direct. Il obtient alors 24,20 % des voix au premier tour puis 54,80 au second. Il entretient de bons rapports avec la Russie et la Chine.

Au cours de son premier mandat présidentiel, Zeman décide de gouverner avec le conservateur Andrej Babis en se conformant aux résultats électoraux. Il n’est pas étonnant que le président de la Tchéquie soit régulièrement qualifié de « populiste » ou de « Trump ». Il s’assume opposé à l’islam et à l’immigration provenant des contrées musulmanes. En revanche, il ne remet pas en question l’immigration ukrainienne ou vietnamienne. C’est là la source du refus des quotas migratoires imposés par l’UE.

Milos Zeman avait initialement fait le choix, en vue de sa réélection, de refuser toute confrontation télévisée avec ses concurrents, avant de consentir deux débats avant le second tour. De même, il a désiré limiter ses dépenses de campagne. Si on s’en tient au résultat, cette stratégie semble avoir payé. Amateur de polémiques, il n’hésite pas à critiquer la presse qui lui reproche – entre autres – d’être trop porté sur la boisson.

Comment interpréter cette réélection ?

Dans l’ensemble, la participation n’aura jamais dépassé les deux tiers des inscrits. C’est pourtant un record local depuis 1998. Cela montre tout de même un certain déclin du prestige du jeu électif. C’est une réalité observée dans de nombreux pays, comme la France ou les États-Unis. Si cela ne change en rien les pouvoirs effectifs des gouvernements élus, leur représentativité en devient relative.

Pendant la campagne électorale précédant le premier tour, un fait a été très marquant pour l’observateur étranger. C’est que sur les candidats en présence, tous se disaient opposés aux quotas préconisés par l’Union européenne en ce qui concerne l’accueil de migrants. Même Drahos, qui passait pour europhile, a critiqué les diktats de Bruxelles et plaidé pour un retardement de l’adoption de l’euro par son pays ! Il faut savoir qu’un recensement en 2011 avait établi la présence de 13,90 % d’immigrés et enfants de migrants au sein de la population tchèque, dont une part de 60,70 % extra-européenne et non catholique.

De fait, en regardant les forces en présence, on ne peut qu’être étonné de l’omniprésence du centre et de la quasi-absence de la gauche. Cette dernière n’est nominalement incarnée que par Milos Zeman, anti-UE et anti-immigration. Pourtant, ce dernier a reçu un soutien implicite de l’extrême droite tchèque. Du coup, les élections présidentielles de 2018 ont pris la forme d’un genre de plébiscite pour ou contre le président en place. De ce côté, Zeman obtient un score inférieur à 2013 (3,4 % de différence), mais avec 136 000 voix en plus. Son opinion vis-à-vis de Bruxelles paraît par conséquent majoritaire dans le pays, dans la continuité des législatives d’octobre 2017. Voici comment Zeman a fêté sa réélection :

Cette réélection est donc le signe d’une stabilité : celle du groupe de Visegrád (V4) qui forme une certaine communauté de pensée face à l’Union européenne et à l’immigration. En Hongrie, Viktor Orbán est au pouvoir depuis 2010. En Slovaquie, Robert Fico est en place depuis 2012. La vague qui a récemment conduit la droite nationale au pouvoir en Autriche semble donc toujours à l’œuvre.

Source :

Le Figaro

  • Ph. L

    Un grand merci pour votre commentaire, que nous rejoignons en grande partie.

    Le changement pour « Tchéquie » a réellement été demandé auprès de l’ONU en 2016 pour les dénominations sur la scène internationale. Les rapports entre Zeman et Babis sont en effet tout un sujet à part entière et peuvent faire l’objet de nombreux pronostics et interprétations (cf. la promesse électorale publique du premier au second avant les élections), dans un contexte d’habileté politique certaine. Le surnom « Trump », comme les guillemets le manifestent, ne vient pas de nous, mais de nombreux médias occidentaux (il ne nous appartient pas de juger de sa pertinence, nous en faisons simplement mention, comme de la question de la boisson ou autre). En ce qui concernent le rejet des quotas, nous ne croyons pas qu’il soit fait mention à du racisme. Radio Praha a annoncé via CTK des dépenses de Zeman pour le premier tour inférieures de plus de 11 millions de couronnes par rapport à celles de Drahos, d’où la conclusion de la dépêche AFP reprenant grosso-modo celle de CTK. Ne pas faire campagne et ne pas dépenser est une prétention de Zeman. Pour les débats télévisés, c’est exact, mais cela ne remet pas en question ce qu’il en était pour le premier tour. Il n’y a pas que le Parti socialiste, mais aussi le SPO, quoique les placements sur l’échiquier politique soient en effet assez relatifs (le CSSD n’a pas présenté de candidat à ces présidentielle). L’omniprésence de candidats « indépendants » est bien évoquée dans le texte. L’Autriche est nommée trois phrases après le V4, ce qui rejoint pourtant votre remarque concernant le rejet des quotas par d’autres États que la Tchéquie en indiquant une extension du phénomène. Tous ces éléments se trouvent déjà dans l’article ci-dessus.

    C’est un plaisir que d’avoir pu recueillir vos aimables remarques.