Une startup veut transformer de vieux pneus en pétrole de qualité

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Pyrolyse Pyrum Innovations, pneus recyclés

Recycler de vieux pneus en pétrole, le pari fou de Pyrum Innovations

Une jeune entreprise franco-allemande, basée à Dillingen, proche de la frontière française, dit avoir trouvé une solution permettant de recycler les vieux pneus en pétrole, leur offrant une deuxième vie.

Pyrum Innovations utilise pour cela la thermolyse (ou pyrolyse). Ce procédé de décomposition thermique de substances organiques permet, dans une atmosphère sans oxygène, d’éviter la combustion des matières. Grâce, entre autres, à ce paramètre, la jeune startup peut transformer des déchets en pétrole, gaz et coke (charbon).

Le retraitement des déchets caoutchoucs ou plastiques posent de plus de plus de problème à la société actuelle. Des techniques innovantes de recyclage sont nécessaires pour réussir à se débarrasser de ce problème d’une façon écologique et rentable. La plupart du temps, leur rentabilité est discutée. Transformer les déchets en matières premières de grande qualité et réussir à se défaire des énergies fossiles est la vision du concept de thermolyse, peut-on lire sur le site de l’entreprise.

Pyrolyse Pyrum Innovations, pneus recyclés

Avec son centre de production pouvant transformer 5 000 tonnes de pneus par an, Pyrum Innovations indique être capable de produire à partir de la matière caoutchouteuse 50% de pétrole, 38% de coke et 12% de gaz. Fait intéressant, ce dernier sert à alimenter l’immense groupe électrogène du site, fonctionnant ainsi en totale autonomie énergétique.

“Le pétrole se forme dans la partie de condensation des molécules”, explique Pascal Klein à TV5 Monde , 28 ans, l’un des deux fondateurs de Pyrum. “Après raffinage, le pétrole obtenu peut être transformé à 60% en équivalent diesel, à 30% en équivalent essence et à 10% en solvants.”

Le concours Lépine 2015 récompense la jeune entreprise

Le concours Lépine, qui se tenait ce week-end à la Foire de Paris, a distingué les deux jeunes entrepreneurs allemands avec le Grand Prix, ou Prix du Sénat.

L’entreprise espère pouvoir commercialiser sa technologie dans les mois à venir. Et le marché est plus que porteur : chaque année dans le monde, on jette 17 millions de tonnes de pneus usagés, selon l’Agence de l’Environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

Les pneus usagés servent en général de combustible alternatif dans des cimenteries ou des centrales thermiques ou, de façon moins importante, sont réutilisés pour des fondations de route, du mobilier urbain ou des cloisons antibruit.

Les fabricants de pneumatiques cherchent, quant à eux, à reproduire des pneus avec des anciens. Selon Pascal Klein, l’un d’eux “a déjà fait des pneus avec notre pétrole, il les a testés sur un circuit et il en était satisfait, mais ils ne veulent pas s’engager pour l’instant” regrette-t-il

Si la viabilité de leur modèle industriel n’est pas encore démontrée, il faudra rester attentif aux progrès de la pyrolyse. “La pyrolyse c’est encore du capital-risque, même si de grands groupe s’y intéressent” confirme François Terrade , consultant indépendant du secteur. Pour l’instant, les fabricants de pneumatiques “ne veulent pas courir le risque d’utiliser un produit recyclé sur lequel ils ont encore des doutes en termes de performance”, analyse Jean-Philippe Faure, directeur de la recherche-développement d’Aliapur.

Crédit photo principale : Flickr – Tim Green