Le bitume de nos routes bientôt fabriqué à partir d’algues ?

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Bio-bitume, route micro-algue

Des routes vertes pour des voitures vertes devient possible

Construire des routes tout en respectant l’environnement ? Vous pensez cela impossible ? Détrompez-vous. Imaginez que demain, nous roulerons tous sur des routes recouvertes d’un bitume d’origine végétale.

C’est ce que des chercheurs orléanais et nantais du CNRS et de l’université de Nantes proposent, avec la participation de l’entreprise bretonne AlgoSource . L’idée ? Concevoir un bitume fabriqué à partir de micro-algues pour remplacer le bitume produit à partir de pétrole. Après les produits de soins et les biocarburants pour nos voitures, c’est peut-être au tour des routes de se mettre au vert ! Mais des micro-algues dans le bitume, ça tient la route ?

Remplacer le bitume pétrolier par un équivalent écologique

Les micro-algues présentent de plus en plus d’intérêt pour l’industrie biochimique. Et pour cause : jusqu’à maintenant, elles offraient des qualités nutritives suffisamment intéressantes pour être utilisées dans l’alimentation comme compléments alimentaires. Par la suite, les algues trouveront un intérêt pour produire du biocarburant, à cause de leur importante capacité à accumuler des lipides, lesquels sont indispensables dans la fermentation permettant d’obtenir du bioéthanol.

Désormais, c’est leur usage comme revêtement routier qui commence à être étudié : les chercheurs français ont utilisé des micro-algues en les faisant bouillir dans un bain d’eau chaude pressurisé, transformant les algues en une matière visqueuse de couleur noire. Ce résultat permit aux chercheurs d’observer des propriétés similaires au bitume pétrolier utilisé dans la construction des routes, demandant une certaine élasticité et une bonne résistance aux lourdes charges.

Avec 55% de rendement, les résultats sont plutôt concluants. L’enjeu est maintenant de tester ce nouveau revêtement dans des conditions réelles d’usage, afin de déterminer sa résistance dans le temps, à l’environnement. De plus, il reste à déterminer si ce nouveau revêtement sera rentable dans le futur.

Une production industrielle rentable possible

Bien que l’expérience en laboratoire démontre que le procédé fonctionne, la question sur la viabilité économique de cette nouvelle matière reste posée, notamment concernant sa rentabilité face au bitume pétrolier. Et tout porte à croire que nous pouvons nous montrer optimistes.

En effet, la production des algues elle-même ne pose guère de problème, car elles sont faciles à produire, même en grande quantité. Pour les produire, les seuls conditions requises sont de l’eau, du soleil et du gaz carbonique. Ce qui présente un double avantage : elles peuvent participer à la réduction de la quantité de CO2 émise dans l’atmosphère tout en devenant une matière première facile à obtenir et utile pour l’Homme.

L’étape de la transformation est un peu plus délicate : le procédé utilisé – la liquéfaction hydrothermale, utilisée par les chercheurs – était déjà connu depuis les années 30, permettant d’expliquer l’origine du pétrole. Cependant, il n’est utilisé que depuis quelques années, en raison de contraintes techniques importantes et à une échelle relativement réduite. L’apparition donc des premières «bioraffineries» n’aura lieu que d’ici quelques années, même si le procédé est de plus en plus maîtrisé.

Enfin, il reste la question de sa commercialisation et de son usage. Au-delà des questions techniques du revêtement, ce dernier devra être compétitif face au bitume pétrolier. Sachant que la production des micro-algues est relativement simple et que la raréfaction du pétrole conduira à une hausse croissante de son prix, ce nouveau revêtement écologique pourrait être suffisamment compétitif d’ici quelques années.

Il faudra néanmoins attendre encore un peu pour pouvoir se prononcer définitivement, lorsque la production à l’échelle industrielle sera une réalité et si la qualité sera au rendez-vous. Si ces conditions seront réunies, un monde sans pétrole deviendra alors non seulement souhaitable, mais possible.

Sources : IFFSTAR , Ville de Nantes