Rome aura bientôt son “quartier rouge”

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Quartier Rouge, prostitution, Rome

La ville de Rome va tolérer la prostitution dans un quartier inspiré du Red Light District d’Amsterdam

Les autorités de la ville de Rome ont approuvé leur plan d’installer un “quartier rouge” où la prostitution sera officiellement tolérée à partir du mois d’avril, ont annoncé samedi des responsables locaux, tandis que l’Église et d’autres opposants ont rapidement attaqué cette décision polémique. Ignazio Marino, le maire centre-gauche de la capitale italienne, a donné sa bénédiction vendredi soir pour expérimenter cela dans le quartier des affaires surnommé “EUR”, au sud de la ville.

Le conseil municipal avait en effet proposé que la prostitution soit tolérée au sein d’une zone non-résidentielle dans le but de réduire l’impact sur la vie locale, 20 rues étant actuellement concernées par ce commerce dans le quartier en question. La police recevra l’ordre d’infliger des amendes allant jusqu’à 500€ aux prostituées travaillant en dehors de la zone autorisée, qui sera supervisée par des travailleurs sociaux et de la santé, dans le but de contrer l’exploitation par des proxénètes et des trafiquants et de promouvoir les rapports sexuels protégés.

Si l’expérience s’avère concluante, le conseil veut établir jusqu’à trois “quartiers rouges” distincts dans le quartier de l’EUR. Une résidente, Cristina Lattanzi, a fait campagne pour que tout change, décrivant la situation actuelle comme un “cauchemar” insoutenable. “L’EUR est déjà le quartier rouge de la ville avec plus de 20 rues prises d’assaut jour et nuit,” a-t-elle indiqué au quotidien La Repubblica. “Il y a des rues pour les travestis, des rues pour les très jeunes filles, des rues pour la prostitution masculine… Les habitants ont besoin d’un peu de paix.”

Colisée, Rome

Crédit photo: Flickr – Alex Mu

Entre opposition de l’église et soutien local

Les objections vont bon train entre l’opposition de centre droit présente au conseil municipal de Rome, des personnalités de l’Église catholique et même de certains responsables du Parti démocrate (PD) auquel appartient le maire Ignazio Marino. “J’espère que c’est simplement une idée bizarre dont le maire se sert pour attirer l’attention sur le problème”, a déclaré le conseiller municipal Gianluca Santilli, qui soutient que l’idée conduirait à d’inacceptables “ghettos” pour prostituées.

Avvenire, le magazine hebdomadaire de la Conférence des évêques italiens, a qualifié le plan de “honteux” pour “une ville qui est le berceau et le cœur de l’humanisme chrétien.” De son côté, Giovanni Ramonda, de la Communauté Pape Jean XXIII, a déclaré que Rome allait permettre des “zones de tolérance pour l’esclavage des femmes.” Le groupe catholique milite pour que l’Italie adopte une législation similaire à celle de la Suède, où ce sont les clients qui sont criminalisés plutôt que les travailleurs du sexe. Et Ramonda d’ajouter: “Cela montre la nécessité urgente pour l’Italie de répondre au phénomène de la prostitution comme d’autres pays européens le font en attaquant la demande en ce sens et en introduisant un système d’amendes progressives pour les clients.”

Mais le projet a obtenu le soutien du chef du conseil d’un quartier voisin, qui a déclaré que de nombreuses parties de la capitale ont été confrontées à des problèmes similaires avec les effets indésirables (au niveau social) de la prostitution de rue, qui est déjà tolérée en pratique dans certaines régions périphériques de la capitale. “C’est une initiative courageuse et toute la ville, institutions et associations, doit y apporter son soutien”, a déclaré Andrea Catarci.

Neuf millions de clients

L’Italie compte 70 000 à 100 000 prostituées et quelques 2,5 millions d’hommes ayant régulièrement recours à leurs services, estiment le gouvernement et d’autres chercheurs. Une enquête conclu que neuf millions d’hommes italiens, soit plus d’un sur trois de la population adulte de sexe masculin, ont utilisé une prostituée au moins une fois. La moitié des prostituées en Italie sont des ressortissantes étrangères et les deux tiers travaillent dans les rues. La loi n’interdit pas ce commerce, mais le racolage, le proxénétisme et l’exploitation d’une maison close sont des activités illégales.

Source : Business Insider . Crédit photo principale : Pixabay – music4life