Le débat sur la vivisection est relancé en Europe

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Vivisection, débat commission Européenne

Une nouvelle bataille sur l’utilisation d’animaux de laboratoire est lancée

La revendication est portée par 1,3 millions de signataires européens, ce qui suffit pour que l’Union Européenne se penche sur la question : faut-il interdire la vivisection dans la recherche ? C’est ce que propose l’association Antidote Europe , dont le combat est d’abolir les méthodes de recherches utilisant des animaux en laboratoire.

La question est hautement polémique dans le monde scientifique. Alors que l’expérimentation animale est une pratique courante dans la recherche, cette association – ayant à sa tête des chercheurs et médecins européens – se donne pour mission de renverser la vapeur en proposant des solutions alternatives pour la recherche.

Une initiative soumise à la Commission Européenne

D’ici juin, la Commission Européenne devra donner son opinion suite à cette initiative citoyenne européenne, un mécanisme permettant de soumettre par pétition à la Commission des propositions afin de modifier la législation européenne. Rares sont celles qui sont parvenues à atteindre cet objectif.

Cette initiative, qui a débuté en 2012 et fut clôturée fin 2013 a réussi à obtenir près de 1,3 millions de signatures. Elle réclame que “l’utilisation d’animaux considérés comme des modèles biologiques de l’Homme à des fins scientifiques” soit interdite à l’échelle européenne.

Cette exigence se traduirait de différentes manières : abolir l’usage de la vivisection dans la recherche médicale, dans l’enseignement de la biologie et de la médecine, la recherche pharmaceutique et toxicologique. Les arguments sont pour la plupart techniques, affirmant que les méthodes de vivisection ne permettent plus de répondre aux exigences de la recherche, notamment sur certaines maladies.

Rassemblement contre la vivisection, Paris 2012

Le 8 mai 2012, un rassemblement de solidarité s’était tenu au Trocadéro à Paris. Crédit photo: Michel Pourny

De nombreux laboratoires et chercheurs s’opposent à l’initiative

Suite à cette proposition, une bonne partie du monde scientifique critique ouvertement cette initiative, expliquant que la vivisection a largement fait ses preuves par le passé et reste un moyen suffisamment fiable pour la recherche.

Alors que le débat fait rage, deux des trois prix Nobel de médecine 2014 ont plaidé au Parlement européen sur l’utilité de la vivisection sur des rongeurs, grâce auxquels ils purent découvrir l‘existence des cellules-grillages (grid cell en anglais). Suite à cette découverte, une meilleure compréhension de la maladie d’Alzheimer serait non seulement possible, mais des solutions pour redonner le sens de l’orientation à des aveugles sont envisageables, grâce à un implant doté d’une boussole géomagnétique.

Une partie de la communauté scientifique rappelle également que du point de vue biologique, les expériences menées sur des mammifères est loin d’être infondée, car les fortes ressemblances génétiques ont permis durant plus d’un siècle de réaliser d’importantes découvertes médicales.

Défendre la cause animale et la recherche scientifique

Dans une tribune du Monde , Claude Reiss et André Ménache, respectivement président et directeur de l’Association Antidote, exposent quelles autres solutions sont possibles et l’enjeu éthique de la vivisection.

Ils expliquent notamment que les modèles animaliers exploités en laboratoire ne sont pas suffisamment fiables pour parvenir à des résultats applicables à l’Homme. Selon eux, les effets négatifs d’un produit notamment observés sur des rongeurs par exemple ne peuvent être totalement concordants avec la réaction qu’aura un être humain au même produit. Ce qui conduirait à un gaspillage de temps, de moyens et une souffrance inutile pour les animaux de laboratoire, alors que le nombre de patients atteints de maladies graves ne cesse de croître.

En guise de solutions alternatives, ils proposent l’usage de technique récentes comme la culture de cellules humaines rendues malades pour expérimenter les produits pharmaceutiques ou encore l’usage de modèles informatiques. Ce qui serait insuffisant selon leurs confrères, opposés à l’initiative.

Non à la vivisection

Un activiste contre la vivisection – Crédit photo: Wikimedia – Rama

Quels sont les chiffres et que dit la réglementation européenne ?

Les défenseurs de la cause animale, au-delà des arguments techniques propres à la recherche, affirment qu’un nombre considérable d’animaux sont tués pour répondre aux besoins des expériences en laboratoires. Selon eux, près de 500 millions d’animaux seraient tués chaque année dans les laboratoires.

Un chiffre fortement contesté, car selon Ivan Balansard, vétérinaire et chargé de mission au CNRS, environ 12 millions d’animaux seraient concernés – en grande majorité des rongeurs – par la vivisection en Europe. En France, le nombre d’animaux utilisés en laboratoire a diminué de moitié en presque trente ans, passant de 4,5 millions en 1984 à 2,2 millions en 2011.

Du point de vue juridique, l’Union Européenne insiste sur l’importance du traitement et du bien-être des animaux destinés aux expériences dans une directive de 2010, ce qui a son importance aussi bien sur le plan éthique que scientifique.

Cette même réglementation prévoit également d’importants contrôles vétérinaires, la réduction au maximum du nombre d’animaux utilisés et l’usage de solutions alternatives à la vivisection dans la mesure du possible. Elle exclut enfin la recherche sur les cosmétiques, pour qui il est totalement interdit de se servir d’animaux pour expérimenter les produits.

Crédit image principale : Une démonstration physiologique avec vivisection d’un chien. Wikimedia – Huile de Emile-Edouard Mouchy