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Un jeune américain sort du coma et parle couramment espagnol

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Rueben Nsemoh, coma, parler espagnol

Aux Etats-Unis, un adolescent est tombé dans le coma après un choc sur la tête et s’est réveillé en parlant couramment espagnol. Comment expliquer cela ?

Une jeune footballeur américain de 16 ans originaire d’Atlanta a fait la Une des médias cette semaine après s’être réveillé d’un coma en s’exprimant couramment en espagnol.

En septembre 2016, lors d’un match de football, Rueben Nsemoh reçoit un violent choc à la tête et tombe dans le coma. À son réveil, l’adolescent va bien, mais un “détail” vient titiller la curiosité des médecins : il ne connaît plus que quelques mots d’anglais, sa langue maternelle, mais est devenu bilingue en espagnol. Fait rare et stupéfiant, il ne possédait pourtant que quelques bases d’espagnol avant son accident ! Le trouble dont il souffre a un nom : le syndrome de l’accent étranger .

Dans les semaines qui ont suivi l’accident, il a peu à peu regagné sa capacité à parler anglais, et ses compétences en espagnol s’estompent peu à peu, mais les médecins ont du mal à expliquer exactement ce qu’il s’est passé. Le cas semble presque trop bizarre pour être vrai, mais Rueben Nsemoh n’est pas le seul a avoir expérimenté ce syndrome étrange.

Rueben Nsemoh, syndrome de l'accent étranger

Rueben Nsemoh dans son lit d’hôpital – Crédit photo: Go Fund Me

Un cas rare mais pas unique

L’un des premiers cas faisant état du syndrome de l’accent étranger peut être trouvé dans une étude tchèque datant de 1919. Mais le plus connu des cas est celui qui s’est produit en 1941 pendant la Seconde Guerre Mondiale en Norvège alors qu’une jeune femme, une certaine Astrid L., fut blessée par un éclat d’obus lors d’un raid aérien. Après avoir été soignée, son accent prononcé était celui d’une Allemande, ce qui ne fut pas bien vu par ses compatriotes…

Autre cas réputé, celui de Judi Roberts , une américaine, qui en 1999, eut un accident vasculaire cérébral. Lors de sa convalescence, elle s’exprimait avec un accent britannique alors qu’elle n’était jamais allée en Angleterre. Plus récemment, Science & Avenir rapportait qu’une Chinoise de 94 ans est tombée dans le coma suite à un AVC, et s’est réveillée deux semaines plus tard en ne pouvant s’exprimer qu’en anglais, langue qu’elle n’avait plus parlé depuis 30 ans ! Il existerait une cinquantaine de cas similaires à ceux-ci depuis 1941.

Comment expliquer le syndrome de l’accent étranger ?

Tous les cas étudiés avaient un point en commun : chaque “victime” connaissait la langue dans une certaine mesure, mais ne pouvait pas la parler couramment. D’un point de vue scientifique, comment est-ce possible ?

Ce phénomène est un trouble cognitif qui prouverait l’existence d’une capacité d’apprentissage non consciente, beaucoup plus importante que ce que nous pensons.

En fait, l’apprentissage d’une langue se produit à chaque fois dans une nouvelle zone de notre cerveau, parfois même dans un hémisphère différent, comme l’explique Science & Avenir. Lors du traumatisme, si la zone censée s’activer quand une personne utilise sa langue maternelle est endommagée, c’est une autre région du cerveau (celle utilisée pour parler une langue étrangère) qui prend le relais pour répondre à la nécessité de communiquer. C’est grâce à ce que l’on appelle la plasticité neuronale , c’est-à-dire la capacité des neurones et de leurs connexions à être modifiés dans le temps, que ce phénomène a lieu.

Autrement dit, lorsque le patient ordonne au cerveau de parler, si les tissus permettant l’expression en langue maternelle sont touchés, celui-ci va rediriger l’ordre vers une région capable d’obéir, celle d’une seconde langue. Le patient peut n’avoir qu’une connaissance superficielle de cette dernière, voire minime : le simple fait d’avoir entendu un mot dans une langue étrangère laisse une trace qu’un traumatisme peut amplifier.