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Le riche, le pauvre et le fossé qui grandit entre eux

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Fossé entre riches et pauvres

L’abysse entre riches et pauvres n’a jamais été aussi grand. Et tout laisse croire qu’il va continuer de s’élargir, commençant même à avoir des effets sur l’espérance de vie.

Chaque début d’année c’est la même rengaine. Oxfam International, une ONG qui lutte contre les injustices et la pauvreté, publie un rapport toujours plus inquiétant que le précédent: le fossé entre riches et pauvres n’a jamais été ausi grand. Cette année, Oxfam rapportait que les 62 personnes les plus riches au monde possèdent autant que les 3,5 milliards les plus pauvres. Depuis 2015, le patrimoine cumulé des 1% les plus riches a dépassé celui des 99% restants.

L’inégalité est clairement “le défi qui définit notre époque”, déclarait Barack Obama en 2013. Mais comment expliquer cet écart abyssal qui ne cesse de s’agrandir d’années en années ? La réponse se trouve dans le constat que plus on est riche, plus on profite de la croissance.

Une économie au service des 1 %

Plus on est riche, plus on est riche. Et plus on est pauvre, plus on le reste. Depuis 2010, le patrimoine de la moitié la plus pauvre de la population mondiale s’est réduit de mille milliards de dollars. Dans le même temps, la population mondiale a augmenté de 400 millions de personnes. Au cours de ces cinq années, le patrimoine des 62 premières fortunes mondiales a augmenté de plus de 500 milliards de dollars pour atteindre un total de 1760 milliards.

Manon Aubry, chargée de plaidoyer à Oxfam, résume la situation par des chiffres alarmant: “En 2010, 388 individus possédaient à eux seuls autant que 3,5 milliards de personnes. Cinq ans plus tard, 62 hyper-riches seulement possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population”.

Dans une infographie réalisée par La Croix en janvier 2016, on observe qu’en l’an 2000, les inégalités étaient encore réduites, du fait d’une économie favorable au XXème siècle. Mais la courbe s’est inversée à partir des années 1980, avec la crise financière de 2007 ne faisant qu’accentuer l’écart. Résultat, les plus riches s’approprient aujourd’hui la plus grosse part des fruits de la croissance.

Inégalités de richesses dans le monde

Crédit photo: La Croix

Plusieurs causes expliquent cet écart.

Les effets de la mondialisation

La mondialisation est probablement la cause la plus importante de cette divergence. Dans sa chronique sur RTL, François Lenglet explique qu’elle “s’est traduite par une augmentation des revenus du capital plus forte que celle du travail. La mondialisation permet aux plus fortunés de choisir les investissements les plus rentables dans le monde, alors que dans le même temps elle met en concurrence les travailleurs, au profit de ceux qui sont payés le moins. Elle fait donc grimper les revenus des riches, et fait baisser ceux des non qualifiés.”

Mais le journaliste explique que la mondialisation est ambiguë: elle produit à la fois du bon et du mauvais. En effet, si elle a sorti de la pauvreté un milliard de Terriens depuis trente ans, en Asie et en Afrique principalement, elle augmente les opportunités de croissance, et ce sont les plus forts et les plus qualifiés qui en profitent.

La crise financière, bien installée depuis 2007, n’a fait qu’amplifier les inégalités créées par la mondialisation. Les grandes zones économiques (Amérique, Europe, Japon…) ont pratiqué des politiques monétaires pour soutenir les marchés financiers, dans le but de redynamiser l’économie réelle. Le principal effet a été de faire gonfler les cours, et donc la richesse des milliardaires, souvent composée de participations dans des sociétés cotées en bourse.

L’évasion fiscale et les paradis fiscaux

Oxfam estime que 7600 milliards de dollars de capitaux privés sont détenus sur des comptes offshore et échappent à toute taxation. C’est 8% de la richesse mondiale. Gabriel Zucman, professeur adjoint à l’université de Californie, a calculé que si des impôts étaient payés sur les revenus générés par ces avoirs, les États disposeraient de 190 milliards de dollars de plus par an.

“Le fait que 188 sur 201 grandes entreprises soient présentes dans au moins un paradis fiscal montre qu’il est temps d’agir” affirme Manon Aubry. L’optimisation fiscale est devenue une pratique courante pour les grandes sociétés. Et bien que légale, elle n’en est pas moins condamnable, privant autant les pays riches que les pays pauvres de ressources essentielles pour réduire les inégalités.

Quelles solutions ?

Oxfam assure ne pas combattre les riches, mais les inégalités qui sont sources de pauvreté. Les plus riches sont souvent des entrepreneurs fortunés, mais ils participent à la croissance mondiale et fournissent du travail à des milliers de personnes.

Lors du forum économique mondial de Davos en janvier 2016, Oxfam avait directement pointé du doigt un coupable, en exhortant de “mettre fin à l’ère des paradis fiscaux”, qui “alimentent les inégalités mondiales et empêchent des centaines de millions de personnes de sortir de la pauvreté.”

Mais peut-on réellement lutter contre les paradis fiscaux ? L’OCDE a établi un plan pour lutter contre l’évasion fiscale, et l’affaire des Panama Papers pourrait faire avancer les choses. Mais cela reste compliqué, comme l’explique une émission à écouter sur France Info .

La santé comme dommage collatéral du fossé entre les riches et les pauvres

C’est un cercle vicieux. On a vu que les riches voyaient leurs patrimoines grandir à mesure que ceux des pauvres stagnaient. Mais la pauvreté a un effet néfaste sur la santé des gens, comme le révèle une étude publiée en mai 2016 et relayée par le site Independent .

Il s’agit d’un lien de cause à effet entre la pauvreté et l’espérance de vie, en particulier celle des adultes en Angleterre, au pays de Galles, en Italie et en France sur lesquels portent l’étude.

Bien que l’espérance de vie des Britanniques soit aujourd’hui au plus haut, les chercheurs ont fait apparaître des décalages grandissants entre les durées de vie les plus longues et celles les plus courtes. Ils expliquent cela par des différences d’hygiène de vie: le tabagisme, l’alcool et une mauvaise alimentation sont les principaux facteurs de pathologies chroniques et donc de mortalité. Or, ces facteurs sont davantage présents parmi les populations les plus défavorisées.

Le rapport explique qu’entre les 10 % d’adultes qui vivent le moins longtemps et les 5 % qui vivent le plus longtemps, l’écart en France est de 37 ans pour les hommes, et de 30,6 ans pour les femmes.

Crédit photo principale : Johnny Miller

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