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“Au nom du peuple” : la présidente de l’association s’exprime sur la polémique

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Corinne Morel, Au nom du peuple

Entretien avec Corinne Morel, présidente de l’association “Au nom du peuple” dont le slogan a été repris par Marine Le Pen pour sa campagne électorale.

Depuis le 20 septembre, la polémique du slogan du FN ne cesse d’alimenter la presse. Alors que Marine Le Pen lance officiellement sa campagne électorale, avec notamment l’usage du slogan “Au nom du peuple”, la polémique éclate lorsqu’une association lyonnaise du même nom accuse le FN de reprendre non seulement son nom, mais aussi en partie l’identité de l’association. Alors que l’association menace d’un procès pour “parasitisme” si le parti ne change pas de slogan, le FN maintient sa position et assure par un communiqué de presse de l’avocat de Marine Le Pen que le droit est respecté et que cette affaire n’est qu’à but polémique.

À l’approche de l’échéance de mise en demeure et en réaction aux réflexions des tenors du FN et de l’avocat de Marine Le Pen, nous avons interviewé Corinne Morel, présidente de l’association “Au nom du peuple”.

À lire aussi : Le FN connaissait l’association “Au nom du peuple” depuis 2015

Newsly : Comment avez-vous appris la nouvelle du slogan de Marine Le Pen pour les présidentielles de 2017 ?

Corinne Morel : J’ai appris la nouvelle par Internet, le lundi 19 septembre au matin. J’ai d’abord constaté la reprise du nom de notre association comme nouveau slogan du FN, puis découvert les images montrant Marine Le Pen devant son pupitre avec la mention « au nom du peuple » à l’avant-plan et à l’arrière-plan. Dans la foulée, et par des sources extérieures, j’ai été informée que le FN avait déposé la marque « Au nom du peuple » et le nom de domaine www.aunomdupeuple.fr (notre propre site étant www.aunomdupeuple.com). Bref, beaucoup de mauvaises surprises en une poignée de minutes !

N : Vous avez envoyé un courrier à Marine Le Pen le 20 Septembre, mettant en demeure la candidate de changer son slogan sous 48h. Si aucun changement n’est fait, vous iriez devant les tribunaux plaider votre cause. Avez-vous reçu une réponse du parti depuis ?

CM : Nous n’avons pas reçu de réponse de la part du FN mais nous connaissons leur position par médias interposés. Tous les journalistes que j’ai eus par téléphone m’ont confirmé que, manifestement, le FN ne donnerait pas suite à notre mise en demeure.

N : Le choix du slogan et la polémique qu’il suscite ont-ils des conséquences sur votre association ? Lesquels ?

CM : La confusion est patente et s’est manifestée de suite avec des appels de personnes, adhérentes ou non, nous demandant si nous étions affiliés au FN. Ce que nous ne sommes pas, bien évidemment. Il est apparu très vite que nous allions être assimilés au FN. La méprise se comprend parfaitement puisqu’il est impossible de distinguer « Au nom du peuple » de « Au nom du peuple » ! Comment une personne extérieure peut-elle savoir que l’association « Au nom du peuple » n’a rien à voir avec le slogan et les futures déclinaisons (site, affiches, tracts, etc.) « Au nom du peuple » du FN ?

Le choix du nom pour notre association a été réfléchi et n’a pas été choisi au hasard. Il suffit de lire ma première publication au moment de la fondation de l’association :

La majesté de la justice réside tout entière dans chaque sentence rendue par le juge au nom du peuple souverain. (Anatole France)

La justice est rendue au nom du peuple, dites-vous. Je crains, mon cher Anatole France, que nos juges et leurs auxiliaires l’aient quelque peu oublié. Quand la justice est rendue au nom du peuple, alors le peuple a toutes les raisons de s’en réjouir et de s’en honorer. Mais quand c’est l’injustice qui est rendue au nom du peuple, alors c’est le peuple tout entier qui s’en trouve sali et offensé. (Corinne Morel)

On comprend, il me semble, parfaitement les raisons de notre nom, pour ne pas dire la philosophie de notre nom. Notre association agit pour que l’égalité en droit soit garantie dans les tribunaux et que la loi ne varie pas en fonction du juge.

La récupération de notre nom mais aussi de nos justifications par le FN ne peut que nous porter préjudice car, outre l’amalgame, c’est une forme de dépossession, à d’autres fins, de ce qui fait l’âme de notre mouvement.

N : Que répondez-vous aux propos de l’avocat de Marine Le Pen affirmant que la marque a été déposée “pour le compte de Madame Marine Le Pen depuis plusieurs mois déjà” et qu’à ce titre, il estime que la présidente du FN est “légalement seule détentrice des droits sur cette marque” et peut “se prévaloir de toutes garanties d’antériorité” ?

CM : D’une part, une association n’a pas l’obligation de déposer son nom, puisqu’il est déposé de fait, en même temps que ses statuts. D’autre part, le Code de la propriété intellectuelle interdit de déposer une marque sur une raison sociale existante. L’association « Au nom du peuple » existe depuis le 21 octobre 2013. Le FN a déposé la marque en juin 2016. Donc, il y a un problème, en effet, mais il est du côté du FN…

Le fait que le FN ait déposé une marque sur notre nom constitue un trouble manifeste, tant en termes de parasitisme que de contrefaçon.

N : “Aucun risque de confusion ni de récupération politique ne peut sérieusement être allégué sinon dans un but parfaitement polémique dans lequel Madame LE PEN n’entend pas rentrer”, conclut Me David Dassa-Le Deist dans un communiqué rendu public le 20 septembre au soir. Que répondez-vous à cela ?

CM : Je pense que les déclarations de Me Dassa-Le Deist auraient été d’une toute autre nature si c’est nous qui avions pris le slogan du FN.

N : Mediapart affirme que la personne ayant déposé la marque est Sighild Blanc, gérante de la société Unanime et actuellement impliquée dans l’affaire sur le financement de la campagne de Marine Le Pen en 2012. Qu’en pensez-vous ?

CM : Sur cette question, je conserverai un devoir de réserve. Je ne veux pas aller sur ce terrain car je ne connais pas les arcanes du FN et je ne veux pas tomber dans l’attaque aux personnes. De notre côté, l’appropriation de notre nom par le FN est suffisante pour expliquer notre position. Il est, en revanche, tout à fait compréhensible que les journalistes s’intéressent et s’interrogent sur la manière dont le FN a procédé au dépôt de la marque et du nom de domaine.

Crédit photo principale : Capture d’écran BFM TV

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