Près de dix ans après leur éclatante publication, les Panama Papers n’ont pas encore révélé tous leurs secrets. Notamment en Suisse, où le recours à des sociétés offshores reste monnaie courante. Le système est bien rodé, comme l’explique le très sérieux Public Eye : les avocats suisses, qui bénéficient d’une excellente réputation en tant que conseillers fiscaux, sont considérés comme les pourvoyeurs de sociétés et de montages offshore complexes. Sans aucune obligation de diligence, ces cabinets ont donné la possibilité à des centaines de clients de faire de l’évasion fiscale, avant que, sous la pression des instances internationales, le Conseil fédéral ne propose un projet législatif qui assujettirait les avocats suisses à la loi anti-blanchiment. Mais la Suisse a longtemps fait de la résistance, le Parlement ayant retoqué la proposition de loi en 2021.
Parmi les noms sortis dans les Panama Papers, on retrouve ceux d’un couple d’avocats genevois célèbre : Dominique et Michel Amaudruz, notamment connus pour avoir participé aux montages financiers de l’ex-ministre des Finances russe Vladimir Chernukhin, ciblé par une enquête fiscale après avoir dissimulé sa fortune grâce à un ensemble complexe de 28 structures offshore. Autre client des Amaudruz : François Sunier. Le nom du patron de Suntrust Investment Company est sorti à plusieurs reprises dans les Panama Papers. Le Suisse dirige la société Eiger Jet Limited, basée aux Bermudes. Une société dont la vice-présidente n’est autre que… Dominique Amaudruz. L’avocate, son mari et le patron suisse sont également liés au sein de la société SEM Ltd., elle aussi basée aux Bermudes. Sunier y est notamment associé à Jean-Claude Mourad, avec qui il avait liquidé la société suisse SunCapital AG.
« Sur les 20 000 sociétés offshore d’un grossiste des Caraïbes, un tiers était géré par des conseillers, avocats ou fiduciaires suisses. Grâce à une lacune de la loi sur le blanchiment d’argent, ces professionnels peuvent servir sans grands risques des clients politiquement exposés ou, dans certains cas, carrément criminels », résumait alors le journaliste d’investigation Sylvain Besson.
Et là où l’enquête sur les Panama Papers n’a pas encore livré tous ses secrets, ce sont tous les liens qui découlent de ces révélations. Outre François Sunier, la justice s’intéresse désormais à son fils, Charles, visé par une enquête pénale en Suisse pour vol et détournement d’œuvres d’art et biens de valeur. Certains objets provenant de collections privées disparues ont en effet été retrouvés après avoir transité via des sociétés liées à son réseau.






