Le projet d’autoroute A154, censé relier Dreux à Chartres puis Orléans, est au cœur d’une bataille politique, écologique et sociale. Ce chantier est dénoncé par des collectifs citoyens, des écologistes et des experts comme un « grand projet inutile », coûteux, destructeur pour l’environnement et l’agriculture, et surtout, imposé à marche forcée pour éviter tout débat démocratique. Lancé il y a plus de 25 ans, il interroge aujourd’hui sérieusement sa viabilité.
Un projet économiquement injustifié
L’argument principal des promoteurs de l’A154 repose sur la nécessité de désengorger le trafic et de favoriser le développement économique de l’ouest du bassin parisien. Pourtant, les études disponibles ne démontrent ni l’urgence ni la pertinence économique du projet.
Selon le Service d’études sur les transports, les routes et leurs aménagements (Sétra), un kilomètre d’autoroute coûte en moyenne 6,2 millions d’euros en France : le coût prévisionnel de l’A154 est quasiment deux fois supérieur avec plus d’1 milliard d’euros engagés pour quelques dizaines de kilomètres. À l’heure où les finances publiques sont sous tension, où les collectivités locales voient leurs budgets se réduire, et où les priorités devraient se concentrer sur la rénovation des infrastructures existantes, un tel investissement apparaît disproportionné.
Les prévisions de trafic, souvent brandies pour justifier le projet, sont contestées. Le CESER Centre-Val de Loire a pointé, dès 2022, le manque de mise à jour des études de besoins, notamment pour l’horizon 2030. Pire, le projet a été décidé sans évaluation sérieuse des alternatives, comme le renforcement du ferroviaire – une solution bien moins coûteuse, moins polluante, et plus adaptée aux enjeux de transition écologique. « Le rail n’impacte pas l’environnement, n’artificialise pas les sols et est bien plus économique. », rappelle Caroline Duvelle, porte-parole du collectif Non A154-A120.
Le Conseil d’orientation des infrastructures, qui avait identifié le projet dans plusieurs rapports comme devant faire l’objet d’une vigilance accrue en raison du manque de débat et de données actualisées, n’a toujours pas mené de travaux approfondis pour assurer la pertinence économique réelle du projet.
Un désastre écologique annoncé
Si l’aspect économique est déjà critiquable, c’est sur le plan environnemental que l’A154 suscite les plus vives inquiétudes. Le tracé prévu traverse des zones agricoles, des forêts et des milieux naturels fragiles, mettant en péril la biodiversité et les activités agricoles locales.
Les études d’impact, bien que contestées, révèlent que le projet affectera des dizaines d’espèces protégées : mammifères, oiseaux, batraciens et flore locale. Patrick Mulet, naturaliste bénévole à Eure-et-Loir Nature, alerte : « Comme tous les projets autoroutiers, l’A154 va perturber l’environnement. Cela concerne aussi bien les mammifères que les oiseaux ou les batraciens. Les corridors écologiques seront fragmentés, et certaines espèces pourraient disparaître localement.”
L’Eure-et-Loir est un département à forte vocation agricole. Pourtant, le projet prévoit de bétonner des centaines d’hectares de terres arables, dans un contexte où la souveraineté alimentaire et la préservation des sols deviennent des enjeux majeurs. « On sacrifie nos terres agricoles, on pourrit la qualité de vie des Euréliens, et tout ça pour favoriser le libre-échange économique au détriment des populations locales », s’indigne ainsi un agriculteur mobilisé contre le projet.
Les élus se mobilisent par ailleurs publiquement contre le projet. Jean-François Bridet, vice-président régional délégué à la biodiversité, aux parcs naturels régionaux et à l’eau, a fait connaître son désaccord. Plusieurs parlementaires se sont rendus récemment sur le terrain, dont Bérenger Cernon et Sylvain Carrière, qui a par ailleurs adressé une question écrite au gouvernement, pour documenter les effets potentiels du tracé sur les espaces agricoles et naturels. La députée Anne Stambach-Terrenoir a elle participé au printemps à un rassemblement devant le Palais Bourbon contre l’A154.
À l’heure où la France s’engage – du moins sur le papier – à réduire ses émissions de gaz à effet de serre et à limiter l’artificialisation des sols, l’A154 apparaît comme une aberration. Les collectifs opposants rappellent que chaque hectare bétonné est un hectare en moins pour l’agriculture, la biodiversité ou la lutte contre le réchauffement climatique.
Une précipitation suspecte : l’art du fait accompli
Le choix du concessionnaire, annoncé pour la fin de l’année 2025, est perçu comme une manœuvre pour verrouiller le projet avant les éventuelles élections à venir.
Les manifestations contre l’A154, comme celles des 13 et 14 septembre 2025 à Challet, ont rassemblé des centaines de personnes, et se sont poursuivies par des actions communes lors d’autres événements. Pourtant, le gouvernement et les promoteurs du projet semblent déterminés à ignorer ces voix. Les recours juridiques, comme celui porté par la France Insoumise ou les associations écologistes, ont ainsi été balayés sous prétexte d’« intérêt général ».
L’A154 n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une série de grands projets routiers contestés (A69, A24, etc.), symboles d’un modèle de développement obsolète, fondé sur le tout-voiture et le bétonnage des territoires. « Ces projets sont les derniers soubresauts d’une époque révolue. Ils ne répondent ni aux enjeux climatiques ni aux besoins réels de mobilité », analyse un urbaniste spécialiste des transports. Sur l’A69, la députée Christine Arrighi avait déjà alerté sur “un modèle d’aménagement dépassé, hérité des années 80”.
Pourtant, le ministre des Transports Philippe Tabarot, malgré ces alertes et la pertinence contestée du dossier 25 ans après son annonce initiale, ne semble pour le moment pas revenir sur l’appel d’offres.
Et maintenant ? La résistance s’organise
Face à cette précipitation, les opposants ne baissent pas les bras. Les collectifs appellent à une mobilisation citoyenne renforcée, à des actions juridiques et à une pression politique pour faire annuler le projet. « Nous ne laisserons pas faire. Si le gouvernement et les élus locaux veulent imposer cette autoroute, ils devront passer sur nos terres et nos corps », prévient un militant du collectif Non A154-A120. Des opposants pourtant constructifs qui réclament la suspension du projet pour des politiques d’amélioration de la nationale existante, de développement du ferroviaire et de mise en place de transports en commun performants.
Une chose est sûre : la bataille de l’A154 ne fait que commencer. Entre les mobilisations citoyennes, les recours juridiques et la pression politique, les mois à venir seront décisifs.






Pourquoi ne pas investir cet argent dans le ferroviaire plutôt que dans une nouvelle autoroute ? 🤔
C’est quoi le problème avec toujours vouloir bétonner ? On dirait qu’ils n’ont jamais entendu parler de biodiversité…
Merci pour cet article détaillé, il faut vraiment réfléchir à nos priorités écologiques.
Et sinon, on en parle des espèces protégées qui vont disparaître ? 😢
Encore un projet pour enrichir quelques-uns au détriment de tous. 😠
Un milliard d’euros pour quelques kilomètres, c’est un peu cher, non ?