Économie & finance

L’Europe s’aligne sur l’OMS : un mandat antitabac avant la COP11

Eva Laurent Par Eva Laurent
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L’Europe s’aligne sur l’OMS : un mandat antitabac avant la COP11

Une ligne dure adoptée par l’Union européenne

Le 7 octobre dernier, les représentants des États membres se sont réunis à Bruxelles pour finaliser cette ligne commune avant la COP11. Le document, désormais rendu public malgré lui, révèle une orientation sans équivoque : l’Europe s’apprête à défendre à Genève les propositions les plus dures du Secrétariat de l’Organisation mondiale de la santé, quitte à remettre en question un modèle économique et social bien établi.

Une remise en cause des alternatives nicotiniques

La position européenne est assez claire concernant les alternatives à la cigarette : l’idée est de soumettre le vapotage, le tabac chauffé et les sachets de nicotine aux mêmes contraintes que les cigarettes traditionnelles. L’approche de la réduction des risques, pourtant reconnue par plusieurs instances scientifiques européennes, est écartée et assimilée à un « discours de l’industrie ». L’Union prône désormais des restrictions « strictes ou des interdictions potentielles » pour ces produits, accusés de maintenir la dépendance plutôt que de la réduire.

Vives réactions dans plusieurs pays européens

Cette orientation provoque une onde de choc dans plusieurs pays européens. En Espagne, en Pologne ou encore au Portugal, la presse dénonce une « soviétisation du secteur » : une vision centralisée où l’État contrôlerait jusqu’à la distribution du tabac. Le mandat européen appuie en effet des mesures d’une ampleur inédite :

  • réduction drastique du nombre de points de vente – qui signerait la fin des buralistes indépendants –,
  • encadrement des prix de vente,
  • voire interdiction pour les entreprises privées de tirer un profit de ces produits.

Sur le plan agricole, Bruxelles encourage la reconversion progressive des terres cultivées au détriment du tabac, faisant craindre un effondrement des filières locales dans plusieurs pays producteurs.

Polémique autour de l’interdiction des filtres

Autre point sensible : l’interdiction des filtres de cigarettes, justifiée par la lutte contre les microplastiques et par la volonté de rendre la cigarette moins agréable à fumer. Soutenue par Bruxelles, cette mesure s’inscrit dans la droite ligne des recommandations de l’OMS, qui accuse les filtres d’atténuer artificiellement la dureté du tabac. Mais de nombreux experts alertent : une telle interdiction risquerait d’aggraver les effets pour les fumeurs persistants, contraints d’inhaler plus profondément la fumée et d’augmenter ainsi leur exposition aux substances toxiques.

Un débat entre interdiction et réduction des risques

Les défenseurs de la réduction des risques dénoncent une approche idéologique, et affirment que l’UE privilégie l’interdiction à la régulation. Ils mettent en avant le cas de la Suède, devenue officiellement « sans fumée » grâce à l’usage encadré des sachets de nicotine, qui illustrerait l’efficacité d’un modèle pragmatique. Selon eux, en assimilant tous les produits nicotiniques à la cigarette, l’Union risquerait de renforcer la domination du tabac combustible, responsable de huit millions de décès par an dans le monde.

Enjeux sanitaires, économiques et politiques

Au-delà de la santé publique, le débat touche également à la souveraineté économique, à la liberté d’entreprendre et à la cohérence scientifique des politiques européennes. À la COP11 de Genève, l’Europe se présentera unie derrière un mandat qu’elle veut exemplaire.

Eva Laurent

L’actualité, remise en perspective

Eva Laurent

Eva Laurent a été secrétaire de rédaction dans un quotidien régional pendant une douzaine d'années avant de rejoindre Newsly. Elle y suit l'actualité générale, surtout l'international et l'économie, et relit une grande partie des articles publiés. Elle date chaque chiffre et renvoie vers la source d'origine. Elle apprend le portugais depuis deux ans.