Une grande partie de ces initiatives et des projets futurs visant à élargir l’accès à l’énergie en Afrique repose sur l’énergie distribuée, également appelée énergie décentralisée ou production décentralisée. Qu’est-ce que l’énergie distribuée et comment peut-elle contribuer à résoudre les problèmes énergétiques de l’Afrique ?
Qu’est-ce que l’énergie distribuée et quel est son impact sur le réseau urbain ?
Dans les systèmes énergétiques traditionnels, le charbon, les combustibles fossiles ou l’électricité sont utilisés pour produire de l’énergie. Celle-ci est ensuite acheminée par un réseau électrique centralisé et distribuée depuis ce point vers chaque zone desservie.
L’énergie distribuée implique, elle, de multiples sources d’énergie — comme des générateurs, des panneaux solaires ou d’autres moyens — produites et distribuées localement via un réseau beaucoup plus petit, ce qui présente plusieurs avantages. D’abord, la consommation d’énergie globale est réduite, tout comme le gaspillage d’énergie qui survient lorsque celle-ci parcourt de longues distances dans un grand réseau.
Ensuite, si un problème survient dans une partie du réseau, il n’est pas nécessaire de couper l’électricité à tout un secteur pour effectuer des réparations. De plus, cette approche est plus rentable grâce à l’efficacité accrue des petits réseaux, tout en étant plus durable et respectueuse de l’environnement.
Pour illustrer cela, on peut comparer le « cloud » à l’informatique en périphérie (edge computing). Lorsque tout est stocké dans le cloud, il existe de multiples points d’accès qui peuvent rendre l’ensemble moins sécurisé et ralentir la vitesse globale du réseau. Avec l’énergie distribuée (ou l’edge computing dans cette analogie), les risques sont réduits, les vitesses sont plus rapides et l’efficacité est accrue.
Même avant la mise en place de réseaux distribués, le continent avait déjà réalisé des progrès notables en matière d’accès à l’électricité ces dernières années. Comme l’a expliqué en janvier 2025 le Dr Akinwumi A. Adesina, président du Groupe de la Banque africaine de développement, « Depuis le lancement du New Deal pour l’énergie en Afrique en 2016, au début de mon premier mandat à la présidence, des avancées considérables ont été réalisées pour élargir l’accès à l’électricité. La proportion de la population ayant accès à l’électricité est passée de 39 % en 2015 à 52 % en 2024. Le Groupe de la Banque africaine de développement a permis à plus de 25 millions de personnes d’avoir accès à l’électricité. »
L’énergie distribuée et le réseau urbain en Afrique
En Afrique, cette approche est particulièrement précieuse en raison du grand nombre de zones rurales sur le continent. De plus, l’Afrique détient le plus fort potentiel solaire au monde, mais en reste le plus faible utilisateur. Des investissements en temps, en capitaux et en ressources, en provenance du monde entier, seront nécessaires pour combler cet écart.
Comme l’explique Izaak Coetzee, directeur des études stratégiques et de l’analytique pour le groupe Absa, « L’Afrique n’est pas seulement essentielle à sa propre transformation énergétique, elle est centrale pour la transition énergétique mondiale. Pourtant, bien qu’elle dispose de 60 % des meilleures ressources solaires au monde, le continent ne représente que 1 % de la capacité solaire installée à l’échelle mondiale. L’écart d’investissement est flagrant : plus de 20 milliards de dollars US par an sont nécessaires pour atteindre les objectifs énergétiques et climatiques de l’Afrique d’ici 2030, mais l’investissement dans l’énergie propre en Afrique ne représente que 2 % du total mondial. »
En installant des panneaux solaires sur des réseaux électriques plus petits et localisés, non seulement les habitants des zones urbaines, mais aussi ceux des régions rurales jusque-là non desservies, pourront bénéficier de l’électricité. Outre le solaire, l’hydroélectricité et l’énergie éolienne peuvent également être exploitées pour produire une énergie propre tirant parti des ressources naturelles du continent.
L’avenir de l’énergie distribuée en Afrique
Dans les zones urbaines, les réseaux distribués ont le potentiel de transformer radicalement le secteur énergétique africain. Plutôt que de passer des années à construire d’immenses réseaux pour alimenter les 20 millions d’habitants de Lagos (Nigeria), on peut installer de petits réseaux couvrant un seul quartier.
Au lieu de prendre des décennies, ces installations peuvent être mises en place en quelques années, voire en quelques mois selon la zone. Le résultat : des réseaux plus rapides, plus fiables et capables de couvrir une plus grande partie de la population en moins de temps. De plus, ces réseaux indépendants sont isolés : une panne dans une zone ne paralyse pas toute la ville.
Le chemin à parcourir sera toutefois loin d’être simple. Philippe Heilmann, expert en projets d’infrastructure pour les gouvernements africains, l’a rappelé, « Créer un réseau énergétique décentralisé en Afrique nécessite une coopération coordonnée entre les gouvernements, les banques multilatérales de développement et le secteur privé. En considérant l’électricité comme un droit fondamental, en trouvant un équilibre entre rentabilité et accessibilité, et en adoptant la décentralisation ainsi que la collaboration, l’Afrique peut réaliser des progrès majeurs pour offrir à sa population une énergie propre, accessible et abordable. »
Heilmann a également souligné que bon nombre de ces avancées seraient impossibles sans l’implication active des gouvernements, des investisseurs internationaux, des entrepreneurs et d’autres partenaires extérieurs. Cette participation ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme une opportunité stratégique — offrant un potentiel considérable, à la fois pour un impact humanitaire et pour un retour sur investissement significatif.
Une plus grande disponibilité en énergie profite non seulement aux habitants du continent, mais aussi à la communauté internationale dans son ensemble. Un meilleur accès à l’électricité favorise l’industrialisation, ce qui entraîne une hausse de la production manufacturière et des exportations. Les revenus générés permettront ensuite aux pays africains d’augmenter leurs importations depuis le reste du monde. Ainsi, les avantages mondiaux de l’énergie distribuée en Afrique apparaissent clairement.
En misant sur de petits réseaux électriques répartis dans tout le pays, alimentés par des sources d’énergie propres comme le solaire, l’éolien et l’hydroélectricité, les zones urbaines africaines peuvent améliorer significativement leur accès à l’électricité. Ce concept peut également s’appliquer aux zones rurales pour faire passer le taux d’accès de 52 % à un chiffre proche de 100 %.
Bien que l’énergie distribuée et la décentralisation ne soient pas des concepts nouveaux ailleurs dans le monde, ils représentent une opportunité exceptionnelle pour les citoyens du monde entier : améliorer les conditions de vie en Afrique, tout en bénéficiant eux-mêmes d’échanges commerciaux accrus et d’un retour sur investissement significatif.
Il est facile pour les citoyens d’autres continents de considérer les contributions aux infrastructures africaines comme un acte de charité sans retour attendu. Mais au-delà de la satisfaction d’aider son prochain, il existe de nombreuses voies permettant d’obtenir un ROI tangible et des avantages concrets pour les particuliers et les entreprises hors d’Afrique. L’énergie distribuée n’est que la première étape vers la concrétisation de cette vision.






Quel impact l’énergie distribuée a-t-elle sur les zones rurales d’Afrique ?
Super article ! Ça fait plaisir de voir des solutions innovantes pour l’Afrique. 😊
Je reste sceptique… Comment assurer la maintenance de ces petits réseaux ?
Merci pour cet éclairage sur l’énergie distribuée, c’est fascinant !
Pourquoi l’Afrique utilise-t-elle si peu de son potentiel solaire ? 🤔
La comparaison avec le cloud est intéressante, mais est-elle vraiment pertinente ?