Le Canard enchainé révèle l’existence de clauses de non-dénigrement très contraignantes imposées à ceux qui quittent les médias du groupe Bolloré. Isolement, menaces juridiques et autocensure s’installeraient durablement, d’après l’hebdomadaire satirique.
Un climat de mutisme généralisé
Révélées dans l’édition du 9 juillet du Canard enchaîné, les clauses de silence imposées à certains journalistes quittant les médias détenus par Vincent Bolloré auraient contribué à faire naître un climat de mutisme généralisé. L’hebdomadaire affirme que ces engagements contractuels, fréquemment utilisés, réduiraient les professionnels concernés à un silence à vie, sous peine de sanctions juridiques.
D’après des données de Reporters sans frontières, citées par Le Canard, plus de 500 journalistes auraient quitté les rédactions de Canal+, iTélé, Europe 1, le Journal du Dimanche ou Paris Match en l’espace de neuf ans. Officiellement, ces départs auraient été négociés et indemnisés. Mais dans de nombreux cas, selon le journal, ils auraient été conditionnés à la signature de clauses dites de « loyauté » ou de « non-dénigrement », interdisant toute critique à l’égard du groupe ou de ses dirigeants.
Des engagements à la portée étendue
Ces clauses iraient bien au-delà des règles habituelles en matière de confidentialité. L’un des contrats consultés stipulerait ainsi que « Madame X s’engage à ne rien dire, suggérer ou entreprendre qui puisse porter atteinte à l’image ou à la considération de la société Europe News et/ou des sociétés du groupe Lagardère ». Une portée étendue, qui inclurait l’ensemble des entités du groupe, de Vivendi à Hachette, en passant par Canal+.
Des conséquences lourdes pour les journalistes
Toujours d’après Le Canard, les conséquences de ces engagements seraient lourdes pour les personnes concernées. Une ancienne journaliste d’Europe 1, partie en 2021, aurait confié avoir signé sous la pression économique, sans mesurer l’impact de cette clause :
« En réalité, tu as encore moins de liberté dehors que dedans. »
Une autre, ex-d’iTélé, parlerait d’une « peur diffuse » entretenue par les services juridiques du groupe. L’hebdomadaire évoque une stratégie de dissuasion s’exerçant aussi bien pendant les négociations de départ qu’après. Certaines de ces clauses interdiraient aux anciens journalistes de témoigner dans des procédures impliquant leur ancien employeur.
Caroline Fontaine, licenciée de Paris Match en 2023, aurait ainsi refusé de signer un tel engagement. Mais selon le journal, elle se heurterait désormais au silence de nombreux ex-collègues, paralysés par les mêmes clauses.
Le cas emblématique de Jean-Baptiste Rivoire
L’affaire de Jean-Baptiste Rivoire, mise en avant dans l’article, est présentée comme un cas emblématique. Cet ex-cadre de Canal+ a participé en 2021 à un documentaire critique sur le groupe Bolloré. Il a été condamné l’année dernière par les prud’hommes à rembourser 151 500 euros d’indemnités, les juges estimant qu’il avait violé la clause signée lors de son départ. Ces derniers auraient justifié leur décision par le fait qu’il pouvait « travailler sur tous les autres sujets que sur ses litiges avec son ancien employeur ».
Vers une possible action collective ?
Selon Le Canard enchaîné, quelques anciens salariés envisageraient une action collective pour contester la légalité de ces engagements, mais la majorité n’oserait pas franchir le pas. Le journal évoque la crainte de représailles dans un groupe présent à la fois dans la presse, l’édition et l’audiovisuel.
« Je me demande ce qui va m’arriver si je parle. Mon éditeur a été racheté entre-temps par le groupe. »
Le Canard enchaîné estime que ces clauses auraient installé un climat de silence durable autour du groupe Bolloré. Un outil contractuel qui, selon le journal, permettrait de neutraliser toute voix critique, bien au-delà de la rupture du contrat de travail.






Est-ce que quelqu’un peut confirmer ces informations ? Ça semble assez incroyable ! 😮
Je trouve ça scandaleux. On dirait un film de science-fiction !
Pourquoi autant de journalistes acceptent-ils de signer de telles clauses ? 🤔
Merci au Canard enchaîné pour cette enquête courageuse !
À quand une action collective des journalistes pour briser le silence ?
Je n’ai jamais été fan de Bolloré, mais là c’est vraiment abusé…
C’est triste de voir autant de talents réduits au silence. 😢