Depuis dimanche 2 janvier 2022, de violentes émeutes ont mis à feu et à sang l’État du Kazakhstan. Des milliers de manifestants ont défilé dans les grandes villes de cet État d’Asie centrale réputé pour sa stabilité politique. Des actes de violence chaotiques ont submergé la ville d’Almaty : des centaines de manifestants ont tenté de s’emparer de bâtiments officiels et d’édifices publics ainsi que d’un aéroport. Près de 8000 personnes ont été arrêtées et la répression s’est depuis intensifiée. Le président Kassym-Jomart Tokayev a déclaré l’état d’urgence et proposé des mesures historiques.

Une crise énergétique à l’origine des émeutes

« La nuit dernière, les forces extrémistes ont tenté de prendre d’assaut les bâtiments administratifs, le département de la police de la ville d’Almaty, ainsi que les départements locaux et les commissariats de police. Des dizaines d’assaillants ont été éliminés », a déclaré dans la presse jeudi 6 janvier le porte-parole de la police, Saltanat Azirbek. Le Kazakhstan s’enfonce en effet depuis quelques jours dans une crise politique sans précédent. En attendant le bilan exact, les autorités font déjà état d’un certain nombre de bâtiments officiels détruits, de voitures de polices incendiées, de centaines de blessés, sans compter une dizaine de policiers tués et du côté des manifestants de dizaines de morts. A l’origine de ce chaos, l’annonce par le gouvernement de l’augmentation du prix du gaz naturel liquéfié (GNL), utilisé notamment par les automobilistes.

Premier partenaire de la France en Asie centrale, première économie de la région habituée à un très fort taux de croissance, le Kazakhstan subit de plein fouet la baisse des prix du pétrole et les conséquences de la crise économique russe. Cette crise énergétique a entraîné une forte inflation dans le pays et la dévaluation du tenge, la devise locale. Sans surprise, une mobilisation sociale a démarré dans l’ouest du pays, au bord de la mer Caspienne, dans la région de Mangystau, province riche en pétrole et dans laquelle 80% des automobiles roulent au GNL. Le prix de l’or noir ainsi que celui du gaz ont doublé en très peu de temps, passant de 60 (0,12 euros) à 120 tenge (0,24 euros), de quoi mettre le feu aux poudres. Devant une gronde sociale grandissante, Kassym-Jomart Tokayev a obtenu, dans un premier temps, une modération de la hausse et a fini par faire redescendre le prix jusqu’à son niveau initial.

Une mise à l’écart historique de l’ancien chef d’État Noursoultan Nazarbaïev

« Ce qui est intéressant, c’est que dès le lendemain de la mobilisation, les manifestants avaient plusieurs revendications politiques telles que le changement de régime » explique Sasha Koulaeva, experte de l’Asie centrale et professeur à Sciences Po dans une interview pour RFI. La colère semble se cristalliser principalement autour de la figure de l’ancien président de la République Noursoultan Nazarbaïev, qui a dirigé le pays dès 1991 avant de démissionner en 2019 et de laisser la place à son successeur. Ainsi des statues de l’ancien chef d’État ont-elles été déboulonnées dans les grandes villes du pays par les manifestants. La réaction du gouvernement ne s’est pas faite attendre : mercredi 5 janvier, l’actuel président Kassym-Jomart Tokayev annonçait remplacer Noursoultan Nazarbaïev à la tête du Conseil national de sécurité. Une annonce jugée « historique » par certains experts et interprétée comme une avancée majeure pour une population lassée de la figure tutélaire de son « Père fondateur ». Kassym-Jomart Tokayev a par ailleurs introduit un moratoire sur l’augmentation des prix des produits alimentaires, du carburant et des services collectifs avant de limoger son gouvernement et décréter l’état d’urgence.

Un mouvement insurrectionnel qui ressemble à celui des Gilets jaunes

« Cette crise est criante de ressemblance avec ce qui s’est passé en France il y a quelques mois avec nos chers Gilets jaunes, c’est-à-dire qu’on a vu au départ une augmentation des prix de l’énergie, donc des revendications purement économiques, donner lieu à un mouvement beaucoup plus politique » explique à l’antenne de RFI Michaël Levystone, chercheur au Centre Russie / Nouveaux États Indépendants de l’Ifri et auteur de Russie et Asie centrale à la croisée des chemins. Ironie du sort, cette vague de révoltes arrive au moment où le pays entreprend des réformes politiques sans pour démocratiser ses institutions : abolition de la peine de mort, quotas de 30% pour les femmes et les jeunes sur les listes électorales, etc… « Il y a eu un mouvement de libéralisation qui a été entamé depuis plusieurs mois dans ce pays-là », rappelle Michaël Levystone.

En attendant, le Kazakhstan a obtenu le soutien de la Russie, du Bélarus, du Tadjikistan et de l’Arménie, tous membres de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), qui ont dépêché leurs troupes pour aider à rétablir l’ordre. Ces contingents n’assureraient jusqu’ici que la protection des bâtiments administratifs et des sites stratégiques. Cette décision de déploiement de la mission de maintien de la paix prise en vertu de l’article 4 dudit Traité a été annoncée par le premier ministre arménien Nikol Pashinyan qui assure actuellement la présidence tournante du Conseil de sécurité collective.

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