Deux personnes peuvent-elles repeupler la Terre à elles seules ?

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Adam et Eve pour repeupler la Terre

S’il arrivait qu’un homme et une femme se retrouvent seuls sur Terre, pourraient-ils repeupler notre planète ? Et s’ils n’y parviennent pas, combien de personnes faudrait-il pour sauver notre espèce ?

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Les films de science-fiction ne manquent pas de scénarios apocalyptiques, incluant la destruction de l’humanité ou de la Terre par des astéroïdes, le changement climatique ou bien des supervolcans pour n’en nommer que quelques-uns. Mais imaginons cinq minutes que l’une de ces situations se produise réellement, et que les humains soient anéantis à l’exception d’un homme et d’une femme. L’humanité pourrait-elle survivre ?

Imaginez le scénario : un cataclysme sans précédent se prépare sur Terre, et peu importe le nombre de scientifiques et d’ingénieurs sur le coup, personne ne peut l’arrêter. Il faut fuir la planète et rebâtir la civilisation ailleurs. Est-ce que deux personnes seront suffisantes pour repeupler une planète ? La réponse n’est peut-être pas simple, mais la seule certitude est que le couple survivant sera très, très occupé. On pense immédiatement à l’exemple biblique d’Adam et Eve, qui pourraient éventuellement suffire à repeupler notre planète.

Mais la réponse à cette question est bien plus longue qu’une discussion de comptoir fantaisiste. Des recherches menées par la NASA sur le nombre exact de colons nécessaires à notre déménagement vers une autre planète, en passant par les décisions concernant la conservation des espèces en voie de disparition, il s’agit là d’une question d’importance croissante et d’urgence internationale.

Homme et femme pour repeupler la Terre

Crédit photo: Pixabay – Unsplash

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Des risques récessifs

L’espace d’un instant, projetez-vous 100 ans dans le futur. Nous n’avons pas réussi à endiguer le réchauffement climatique et c’est le chaos, tandis qu’un soulèvement de robots nous a rayé de la surface de la Terre, comme l’avait prédit Stephen Hawking en 2014. Seulement deux personnes ont survécu. L’inceste serait évidemment une barrière au repeuplement à long terme, notamment au niveau de la première génération. En effet, les enfants des survivants seraient tous frères et sœurs…

L’inceste est non seulement choquant, mais il est extrêmement dangereux. Une étude sur des enfants nés en Tchécoslovaquie entre 1933 et 1970 a révélé que près de 40% de ceux dont les parents étaient parents au premier degré étaient gravement handicapés, dont 14% sont finalement décédés.

Au-delà des cas d’inceste au sens strict, des anomalies génétiques « propres » aux communautés fermées sur elles-mêmes existent. Par exemple, dans la communauté des amishs de Pennsylvanie, les bébés naissent plus souvent avec des orteils en plus. Les juifs ashkénazes sont davantage touchés par la maladie de Tay Sachs, une maladie neurodégénérative… Les familles royales sont également victimes de l’inceste, puisque ne se mariant qu’entre cousins, oncles, et nièces. La reproduction au sein de ces communautés se fait entre individus trop proches génétiquement.

C’est ce qu’expliquait en 2015 Jeff Wall, professeur adjoint d’épidémiologie et de biostatistique à l’Université de Californie : « Il y a une raison pour laquelle il existe des lois contre l’inceste […] Chaque fois que nous avons un enfant, il y a une chance pour les choses se passent mal génétiquement. Cette chance augmente considérablement si les personnes qui s’accouplent sont génétiquement proches. »

« Si le monde entier devait être refondé par deux personnes, il vous faudrait avoir de la chance de nombreuses fois à la loterie génétique », continue Wall, « et les chances pour cette loterie ne sont pas bonnes. Même si les deux survivants évitent les maladies et autres dangers, leurs gènes peuvent s’associer en transmettant une maladie cardiaque congénitale à leurs enfants, qui, sans soins médicaux, serait probablement la fin pour chacun d’eux. » Ces contraintes génétiques sont si extrêmes que Jeff Wall doute que l’humanité pourrait survivre plus de quelques générations.

La série TV The Last man on Earth traite de ce sujet. Voici son synopsys : « Après avoir parcouru les États-Unis pour trouver des survivants au virus qui a décimé la Terre, Phil Miller rentre à Tucson en pensant qu’il est le dernier humain vivant sur Terre. Après plusieurs mois d’une vie chaotique passée à boire et à s’occuper comme il peut, Phil décide de se suicider. Il tombe alors sur Carol Pilbasian, la dernière femme sur Terre. Seul problème, les deux derniers survivants ont des styles de vie post-apocalyptique très différents et l’entente entre ces deux derniers humains est compliquée. »

Mais alors, combien faudrait-il d’humains pour repeupler une planète ?

Si un homme et une femme seuls ne peuvent pas repeupler la Terre (ou même un territoire de celle-ci), avec si peu de code génétique pour accomplir cet objectif, alors combien de personnes théoriquement capable de se reproduire, pourraient repeupler entièrement la planète ?

Le Dr Stephens, de l’Université de Durham, essayer d’apporter une réponse statistique plus précise au problème du repeuplement. Pour cela, il reprend une théorie des années 80, selon laquelle il faudrait 50 à 500 individus pour repeupler la Terre en créant une humanité capable de s’adapter, mais actualise ces chiffres en parlant désormais d’une fourchette de 500 à 5000 individus.

Cameron Smith, un anthropologue de l’Université d’État de Portland, a rassemblé en 2014 les connaissances dont nous disposions sur les gènes et a tenté de calculer le nombre d’humains nécessaire pour refonder une civilisation autonome dans l’hypothèse d’un voyage vers un autre système. Sa réponse est qu’il faudrait au minimum 10.000 hommes et femmes en âge et en capacité de procréer pour assurer le succès de cette entreprise.

Cependant, cela ne permettrait seulement de maintenir 20 % de la diversité génétique au bout de 200 ans environ. Ainsi, toujours selon lui, l’anthropologue préconise qu’une population de départ de 40.000 personnes serait encore mieux, dans le cas où un grand pourcentage de cette population meurt.

De manière générale, il faut rappeler que très peu d’espèces animales survivent si leur nombre passe sous la barre des 5000 individus…

Crédit photo principale : Dieu admonestant Adam et Eve – Wikimedia – Eusebius

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